dimanche 16 octobre 2016

Lettre d'une inconnue, A la Folie Théâtre (Paris 11è)

Comment, par de simples mots, rendre justice à la merveille à laquelle j'ai eu la chance d'assister hier soir ? Je vais choisir mes mots avec soin, parce que, vraiment, elle le mérite.
Le texte, d'abord. Il s'agit de l'adaptation de celui de Stefan Zweig, "lettre d'une inconnue", texte profond et intense, dans lequel une femme dévoile à un homme tout l'amour qu'elle lui porte, depuis l'enfance, alors que lui ne l'a jamais connue, ni même reconnue. Texte émouvant, qui remue et qui reste ancré en soi un certain temps après l'avoir lu.
Une artiste, ensuite. Laëtitia Lebacq, qui porte ce texte en elle depuis un certain nombre d'années et qui décide de le monter. Artiste d'une très grande sensibilité, qui sent et retranscrit les émotions avec une justesse époustouflante.
Laëtitia Lebacq joue pendant près d'1h30 sur les planches d'une petite scène parisienne parfaite pour ce texte. On voit en elle la femme déchirée par la douleur, qui écrit sa lettre. Puis un retour rafraîchissant sur l'enfant qu'elle fût, pétillante, joyeuse, et pleine de cette spontanéité propre aux premiers émois de l'adolescence. Puis le récit s'enchaîne sur la vie de femme, les différentes étapes. La douleur, toujours présente, toujours en elle,  sous-tend l'ensemble du récit, mais jamais, jamais l'artiste ne tombe dans le larmoiement, dans le pathos. Les larmes qui roulent sur ses joues, elles sont vraies. La détresse qui l'habite, elle nous prend aux tripes parce qu'on ne peut que ressentir pleinement combien elle vient des siennes. Tout est juste. Tout est vraiment juste. Pas un instant l'artiste ne tombe dans la lecture facile d'une tristesse constante. Non, elle vit son personnage, elle lui donne corps et coeur avec une intensité exceptionnelle ! Les émotions sont travaillées avec une grande finesse, une grande subtilité d'analyse. La colère, la rage laissent place à un profond désespoir, et parfois, nous pouvons retrouver l'éclair de joie de l'adolescente. Le rythme n'est jamais le même, tantôt dans la rapidité qui retranscrit un état d'âme spécifique, tantôt dans une lenteur qui permet d'imprégner pleinement ce qui est dit, jamais on ne s'arrête, jamais on ne se sent laissé pour compte : elle nous entraîne avec elle dans la spirale de la folie douce de cette femme en laquelle on peut se retrouver. Tour à tour, on sourit, on a des frissons, on pleure... et au moment où l'on s'y attend le moins, on se prend même à rire !
La mise en scène est également d'une grande qualité. Aucune scène ne ressemble à une autre, les jeux de lumière et d'accessoires sont bien pensés, les décors et les jeux d'ombres et de transparence, tout est varié, mais rien n'est gratuit : tout est en parfaite adéquation avec le texte et le jeu de la comédienne, et viennent accentuer tout ce qui est exprimé. 
J'ai été émerveillée par cette interprétation forte, magnifique, j'ai envie de dire : magistrale, tellement touchante de justesse et bouleversante d'authenticité !
Cette retranscription d'un texte aussi intense est aussi magnifique qu'envoûtante, et je crois vraiment, vraiment, que Stefan Zweig ne doit pas se retourner dans sa tombe : il doit afficher un grand sourire, satisfait de voir ce que Laëtitia Lebacq et son metteur en scène, Denis Lefrançois, en ont fait. Un immense bravo, et un grand, grand, grand merci pour cette petite bulle de beauté en ce monde qui en a tant besoin.
Courez-y vite, la pièce se joue jusqu'au 6 novembre prochain !
(ATTENTION, ne vous trompez pas : il y a une autre interprétation de ce même texte en ce moment sur Paris, elle est peut-être très bien aussi, je n'en sais rien, je n'y suis pas allée. Celle dont je parle est bien celle qui se joue à la Folie Théâtre, rue de la Folie Méricourt, dans le 11è arrondissement de Paris).

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