dimanche 31 janvier 2016

Vis ma vie d'hypersensible...

Du plus loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie en décalage. Je n'aurais pas su dire d'où venait ce sentiment, mais je me sentais différente. Pendant des années et des années, j'ai serré les dents, fermé les yeux, baissé la tête et j'ai affronté la pluie et la tempête. Détrempée, lessivée, en lambeaux. Mais debout, parce que je faisais face. Je ne comprenais pas pourquoi tant d'autres avaient l'air de se balader dans la vie, là où pour moi, tout était si épuisant.

Je n'ai ouvert les yeux qu'il y a quelques mois. 

J'ai pris conscience que, ce qui m'épuisait, c'étaient mes émotions.
Et, tout à la fois, j'ai aussi compris que je les aimais, ces émotions.
Et puis j'ai observé les autres avec un oeil neuf. Et là, j'ai compris.

J'ai compris que nous ne vivions pas du tout dans le même monde d'émotions.

 Je m'en suis d'abord aperçu sur des "comptes-rendus de concerts". J'allais sur un forum sur lequel nous postions nos impressions de tel ou tel concert. Et, sans exception, la même question revenait après mes comptes-rendus : "et alors, quelles chansons ont été chantées ??"... Et, à chaque fois, j'étais incapable de répondre à cette question. Pourtant, comme je m'attendais à l'avoir, j'essayais, lors de mes concerts, de me concentrer sur les titres qui s'enchaînaient... mais j'échouais, à chaque fois : je finissais par décrocher de ce listing absurde. Tout simplement parce que, les titres, je m'en moquais éperdument ! La seule chose qui comptait, pour moi, c'était ce que je ressentais pendant un concert. C'étaient les émotions que cela suscitait chez moi. Un concert qui m'émouvait, qui m'enthousiasmait, ou qui m'agaçait : ça, oui, je pouvais le détailler par le menu. Mais les titres ? C'était de l'ordre d'une observation rationnelle et dégagée qui m'était complètement étrangère. Je ne savais pas "comprendre" un concert, je ne savais que le vivre.
 
Et puis, après cela, j'ai commencé à observer ces fameuses émotions qui avaient l'air de prendre tant de place en moi. Et je me suis rendu compte combien elles rythmaient ma vie, plus encore : combien elles la dirigeaient ! Je me suis rendu compte combien, quand j'étais triste, je l'étais profondément, sans demi-mesure, combien, quand j'étais en colère, je pouvais m'en faire mal au ventre à en pleurer tant elle me brûlait de l'intérieur, combien, en revanche, quand j'étais joyeuse, je me sentais légère et vivante comme jamais. J'ai tout de suite aimé ma joie et toutes les émotions secondaires liées à la joie. Et j'ai tout de suite décidé que j'étais heureuse d'avoir en moi cette hypersensibilité, car, même en sachant que je vivais durement les émotions négatives, je n'aurais, pour rien au monde, voulu vivre la joie de façon moins intense. Qu'est-ce que je l'aime, cette joie qui m'anime !!

Mais il a fallu que je travaille sur mes émotions négatives.

http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2015/06/01/olivier-magic-revol-ii-le-retour-du-roi-planete-douance-juin-2015/Je me suis rendu compte combien mes réactions pouvaient paraître absurdes aux yeux des "autres", de ceux qui vivent des émotions "normales" et non pas démesurées comme les miennes. Absurdes, oui, comme sur la citation de Flaubert, "je suis doué d'une sensibilité absurde". Moi aussi, j'ai trouvé ma sensibilité absurde. Moi aussi je me suis sentie bête. Moi aussi je me suis sentie bizarre. Anormale. J'ai cru un temps que je devais avoir, quelque part, un défaut de fabrication.

Parce que, comme poursuit Flaubert, "ce qui érafle les autres me déchire" : c'est exactement ça. Je prends en pleine figure des émotions violentes qui me laissent parfois KO. J'ai été blessée, souvent, par des réactions autour de moi, ou, justement, des manques de réactions : des ami(e)s qui ne répondaient pas à un message où j'avais mis tout mon cœur et je me remettais en question : "mince, qu'est-ce que j'ai pu écrire, est-ce que j'ai fait une erreur de formulation qui ait pu le / la blesser ?", et de relire mes messages envoyés pendant des heures. Des ami(e)s qui ne montraient pas d'enthousiasme face à une invitation, ou qui me disaient "oui oui, je vais marquer la date" et qui finalement, quelques jours avant, me disaient "ah bah non, je ne suis pas disponible", et tout de suite je sombrais dans des abîmes de stupeur : est-ce que je ne suis pas importante pour ces ami(e)s ? Cette impression quasi constante de me sentir moins importante pour les autres que les autres ne le sont pour moi, qui venait tout simplement d'un décalage émotionnel : là où moi je mettais tout mon amour et toute ma générosité envers les autres, les autres répondaient avec ce qu'ils avaient en eux qui était tout différent de ce que j'avais moi, et cela suffisait à me sonner. 

Et quand je regarde autour de moi, je vois des adultes responsables qui relativisent très vite. Je vois des personnes qui, parfois, ne semblent même pas touchées un tout petit peu par des choses qui m'ébranlent, moi. Des petites réflexions dites sans y penser et qui touchent une partie tout au fond de moi qui souffre en silence sans même que la personne qui a lâché sa petite réflexion ne se doute un seul instant du combat qui se livre en mon intérieur. Dans des situations où je serais à terre, où mon cœur pleurerait en silence, je vois des personnes tout juste vaciller. Cela se ressent même sur des détails comme : des bruits secs, qui m'agressent littéralement, de l'agitation permanente ou des petits mouvements nerveux, ou un brouhaha constant, qui me font souffrir physiquement. Alors, oui, pendant un temps, je n'ai pas aimé mes émotions négatives. Je me suis rendu compte à quel point elles m'épuisaient, combien elles m'essoraient, combien elles me laissaient hébétée et vide.

J'ai appris, petit à petit, à aimer mes émotions négatives, ou, du moins, à les accepter, tout simplement parce qu'elles font partie de moi et que ce ne serait que les renforcer que de chercher à les combattre. Et puis, j'ai ouvert les yeux sur le fonctionnement tellement différent des autres. J'ai appris que les autres ne mettent pas de l'importance là où moi j'en mets, ou, du moins, pas autant que moi, ou, tout au moins, pas de la même façon que moi. J'ai compris que quelqu'un qui ne réagit pas comme moi n'est pas forcément quelqu'un qui ne m'aime pas. J'ai appris à accueillir avec indulgence ma tristesse, à la vivre quand cela me semble nécessaire, et à la laisser partir. J'apprends peu à peu à envelopper ma colère de douceur pour l'apaiser et travailler avec elle plutôt que contre elle - car, assurément, elle est plus forte que moi, alors je préfère l'avoir dans mon camp plutôt qu'en tant qu'adversaire. J'ai appris que j'étais responsable de ce que j'envoyais, mais pas de ce que les autres recevaient, et encore moins de ce qu'ils envoyaient. 
Alors j'ai décidé de continuer d'envoyer amour et générosité, parce que je crois que je suis tout simplement pétrie de tout cela. Je donne, je m'investis à 200% dans ce qui me semble juste, dans ce qui me parle, tout simplement parce que je ne sais pas faire autrement. Je donne beaucoup d'amour parce que je suis comme ça, c'est tout. Mais j'ai décidé d'arrêter de me morfondre parce qu'untel a dit ou fait ou n'a pas fait telle ou telle chose. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir encore, parfois - souvent ! - des réactions vives en moi-même, oui, je dois bien avouer qu'il m'arrive encore d'avoir une once d'inquiétude quand je me rends compte que d'autres ne réagissent pas comme j'aurais cru qu'ils le feraient, mais aujourd'hui, je sais que cela ne vient pas de l'autre, mais de moi-même, et je travaille à dompter mes émotions négatives, petit à petit. Aujourd'hui, je ne me focalise plus sur les raisons qui font que les autres réagissent comme ils le font, je travaille surtout à être indulgente avec moi-même pour apprendre à vivre avec ces émotions extrêmement intenses qui font partie de moi. Et j'essaie autant que je peux de ne pas faire rejaillir sur les autres mes propres émotions négatives, juste les positives.

Je crois que d'autres hypersensibles se reconnaîtront peut-être dans ce que je décris. Et j'espère que ce petit texte en aidera d'autres, des personnes dotées d'une sensibilité normale, à comprendre un peu mieux les personnes hypersensibles.

2 commentaires:

  1. Auré oh que oui ça me parle,je suis hypersensible mais je n'ai pas encore trouvé (en moi) la solution, je le vis comme un défaut ,un handicap !

    RépondreSupprimer
  2. Si juste et si bien écrit. Je connais bien le "soucis" de l'hypersensibilité et j'ai fini par comprendre moi aussi que la réponse -comme toutes les autres - était en nous ��

    RépondreSupprimer

Laissez-moi un ptit mot ! :)