dimanche 15 novembre 2015

Paris, 13 novembre 2015

Le monde sous le choc. Paris touchée. Paris, la capitale de la France. Paris, infiltrée et blessée. Paris, cible touchée en plein cœur. A l’heure où j’écris, 129 morts, 352 blessés. La France est en deuil. Le monde est en émoi. Chacun y va de sa contribution, discours, hommages, soutiens de toutes sortes. Paris paye très cher, dit-on, mais reste debout. "Fluctuat nec mergitur", que l’on croyait à jamais liée aux Copains d’Abord de Brassens, émerge, on apprend que c’est la devise de Paris, fort à propos en ce moment : « il est battu par les flots, mais ne sombre pas ». Les hommages fleurissent, les photos de profil des réseaux sociaux se colorent en bleu-blanc-rouge, les « on n’a pas peur » se multiplient.
Et puis, au milieu de tout cela, une voix. Puis une autre. Et une autre encore.
Ces voix disent : « et nous ? »


http://partenaire-motivation.com/top-15-des-citations-de-martin-luther-king/Qui ça, « nous » ? "Nous", c'est eux : les Kenyans tombés en avril sous les tirs d’un commando d’islamistes. Eux : les Syriens aux prises avec la guerre civile depuis 2011, les civils syriens décimés par les frappes aériennes de ceux qui entendent les aider – entre autres, la France. Eux : les Libanais endeuillés jeudi dernier par l’explosion d’une bombe, « le pire attentat qu’ait connu Beyrouth depuis 1990 ». Eux : les neuf victimes d’un attentat au Burundi le week-end dernier dans un bar de la capitale. Eux : les morts camerounais frappés par un attentat-suicide orchestré par Boko-Haram. Eux : les Nigérians tués en octobre par les bombes de l’Etat Islamique. Eux : tous les « autres » morts de la planète, ceux dont on entend parler aux informations, pour lesquels on prend le temps de compatir, mais qu’on oublie vite une fois le reportage terminé.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_contre_le_terrorisme#/media/File:Islamic_terrorism.png
 Pays cibles d’attentats terroristes islamistes depuis le 11 septembre 2001
  
Pourquoi le monde s’émeut tant pour les victimes de Paris, et pourquoi le monde passe à autre chose quand il s’agit d’autres pays ? La question a été posée : est-ce parce que, là-bas, ils ont « l’habitude », alors que nous, Français, n’y sommes pas accoutumés ? Entendons-nous bien. Je ne remets pas en question l'émoi provoqué par les événements de vendredi soir. Il est normal de s'émouvoir. La question serait plutôt : est-il normal de moins s'émouvoir pour d'autres attentats tout aussi meurtriers, ailleurs dans le monde ?


Mea culpa, moi la première, j’ai été choquée d’apprendre les attentats de Paris, et pendant quelques heures, je n’ai pensé qu’à ces attentats-là, sans penser un instant à ce que vivent les personnes touchées loin d’ici. Peut-être parce que Paris est très près d’ici. Peut-être parce que j’ai lu que le frère d’un des kamikazes habite à 10 minutes de chez moi, dans la ville de mes parents, là où mes enfants vont à l’école chaque jour ? Peut-être parce que je connaissais des personnes qui auraient pu se trouver au concert du Bataclan et que je me suis inquiétée pour eux ? Peut-être parce que d’un seul coup, la violence, au lieu d’être à l’autre bout du monde, est toute proche, qu’elle approche un peu trop ma petite vie tranquille, qu’elle est susceptible d’atteindre mes proches, des personnes que je connais directement ? Sûrement parce que, d’un seul coup, la violence devient très réelle. Très concrète. Ce n’est plus une espèce de menace sourde et lointaine. Elle est là, à nos portes, elle est présente. Et, on a beau arborer fièrement « on n’a pas peur », personnellement, je ne pourrais pas en dire autant. Oui, moi, ça me fait peur. Ca me fait froid dans le dos. La guerre à l’autre bout du monde me faisait peur. Mais la violence catapultée directement ici m'effraye encore davantage. J'ai peur pour mes enfants, pour ma famille, pour mes amis, pour mes proches. 

Et d’un seul coup, je prends conscience que, tout en étant émue et attristée par la violence tout là-bas, tout en pleurant de chez moi pour les personnes mortes sous les tirs et les bombes et en m'attristant pour leurs proches qui les pleurent, je n’avais probablement pas pris la pleine mesure de ce qu’ils vivaient. Toujours pas, d’ailleurs. Mais ça devient plus palpable, nettement plus clair soudain.
http://www.w12.fr/citation-gandhi-bonheur.html 
 Et quand je vois la solidarité qui se met en place, je trouve ça très beau, mais je suis triste de voir que la même solidarité ne se met pas en place pour tous les autres peuples touchés. 

Et d’un seul coup, je prends conscience d’une chose.

Le terrorisme pourrit notre monde, certes. 
Mais l’égoïsme le gangrène également.

Cessons d’être égoïstes. Pensons aux autres. Serrons-nous les coudes. Agissons, ensemble.

 

http://www.w12.fr/citation-gandhi-bonheur.htmlChaque jour, je travaille à la paix autour de moi. Entre mes enfants. Entre mes élèves. La gestion pacifique des petits conflits du quotidien. L’éducation non-violente. La communication non-violente. J’essaie aussi d’inculquer le respect de la vie à mes enfants comme à mes élèves. Je ne suis pas une maman parfaite, loin de là, ce n'est pas mon propos ; d'ailleurs, il m’arrive bien évidemment de sortir de mes gonds, et bien plus souvent que ce que je voudrais, mais je travaille à éviter cela. Parce que pour moi, la prévention de la violence passe par l'apprentissage de la paix dès le plus jeune âge. Et des fois, quand j’entends autour de moi des parents qui disent des horreurs à leurs enfants, quand je vois des maîtresses casser l’estime de soi de leurs élèves, quand j’entends des animateurs se moquer des enfants dont ils s’occupent, ou des parents qui encouragent leurs enfants à être violents et à répondre à la violence par la violence, quand j'entends des personnes me dire que je vis au pays des Bisounours et que j'ai tort de croire que l'être humain peut être bon… des fois, oui, je désespère. Des fois, oui, je me sens bien seule dans mon combat pour la paix au quotidien. Des fois, je me dis qu’on n’est pas bien nombreux à travailler dans ce sens, à avoir conscience que frapper ou insulter son enfant n’est pas la meilleure façon d’en faire un adulte sécurisé et confiant. Des fois, je me sens bien seule et je me demande à quoi ça sert. Des fois, oui, des fois, je baisse les bras et j’ai l’impression qu’on n’y arrivera pas. 

Et puis, je vois des personnes qui font comme moi, j’entends des paroles que j’aurais pu dire, je vois des personnes qui se renseignent et essaient tout ce qu’elles peuvent - parce que essayer, même sans y arriver, c'est déjà un pas immense ! - , et là, je me dis que les choses avancent, et d’un seul coup, je me sens moins seule. J’ai vu une amie passer d’un stade où elle refusait d’entendre que notre comportement pouvait induire bien des choses dans le comportement et l’estime de soi de nos enfants. Aujourd’hui, c’est une militante peut-être encore plus fervente que moi pour le respect des enfants. Je suis contente quand je vois ça, et je suis fière de voir que le monde évolue. Et ces moments-là, je reprends courage. Oui, mon action à moi est toute petite et ne touche certes pas le monde entier. Mais je plante une graine, et je l'arrose chaque jour. Certaines vont germer et pouvoir essaimer. Et, petit à petit, tout petit pas par tout petit pas, je me dis que la paix viendra.


Et puis, je regarde ces terroristes, et je me rends compte d’une chose. Eux non plus ne sont pas nombreux. Mais ils croient fermement qu’ils peuvent y arriver. Ils y croient dur comme fer et c’est ça qui les aide à réussir leurs entreprises sanglantes. La différence se situe dans la certitude qu’ils vont réussir.


www.lesbeauxproverbes.comEt je crois que c’est ce qu’il nous manque, en général. La foi en la possibilité d’un monde en paix. Si nous nous mettons à y croire, nous aussi, nous pouvons changer le monde. Ne me dites pas que c’est une utopie, ne me dites pas que nous n’y arriverons jamais. C’est précisément parce que nous n’y croyons pas que nous n’y parvenons pas.


  


http://www.w12.fr/2/citation-gandhi-bonheur.htmlAlors croyons en la paix. Croyons en l’être humain. Croyons que, petit à petit, en étant solidaires les uns des autres, pas seulement dans le monde occidental, mais aussi avec l’ensemble des humains qui peuplent cette planète, nous pouvons faire avancer la paix.
Inspirons-nous des grands artisans de la paix : pensons à Ghandi, pensons à Martin Luther-King. Ils n’ont pas prôné la violence. Juste la paix. Et ils ont mené leur combat jusqu’au bout, sans autre arme que la paix.
Soyons solidaires, soyons ensemble, et, à la violence, opposons la paix. Ne pensons pas que nous n'en avons pas les moyens. Chacun, à notre tout petit niveau, nous pouvons faire un pas pour faire avancer la paix. Et si chacun s'y met, on se rendra compte que nous sommes nombreux, bien plus nombreux que ce que l'on pense, bien plus nombreux que les personnes qui usent de violence.
 


http://qqcitations.com/citation/195697



“La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit.”  Martin Luther King

“La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour.” Martin Luther King



Prier pour Paris, oui, bien sûr, c'est une évidence. Mais, dans vos prières, n'oubliez pas les autres. Priez aussi pour eux tous. Priez pour le monde. Priez pour la paix dans le monde.