lundi 26 octobre 2015

Fred Pellerin - De peigne et de misère - Savigny le Temple, 25 octobre 2015

Une affiche aperçue dans le métro il y a quelques années... Dessus, la photo d'un jeune homme qui paraissait avoir 12 ans 1/2, petit blond aux yeux bleus, des petites lunettes rondes et un fin sourire... Je m'étais vaguement demandé qui était ce gars et ce qu'il faisait pour avoir une aussi grande affiche dans le métro, et puis ma rame était arrivée et mes pensées étaient restées sur le quai avec l'affiche.

http://www.fredpellerin.com/



Quelques années plus tard, des amies me parlent de Fred Pellerin. Le nom me dit quelque chose, et, en allant chercher loin dans mes souvenirs, je revois confusément sa tête sur l'affiche du métro. J'écoute, et j'entends des amies enthousiastes me parler de ce conteur. Ah, me dis-je : voilà, maintenant, au moins, je sais ce qu'il fait ! Il est conteur. Mais ces amies, je leur fais confiance. Si elles aiment, c'est qu'il doit être pas mal du tout, ce ptit jeune !

Alors, quand, il y a quelques semaines, un autre ami me passe une affichette annonçant Fred Pellerin dans une petite salle de spectacle pas très loin de chez moi, je ne fais ni une, ni deux, je saute sur l'occasion et je file acheter des places pour son spectacle "De peigne et de misère". 

Ce spectacle, c'était samedi soir. La petite ville ne paye pas de mine. La salle encore moins. Ca sent mauvais, les fauteuils doivent être vieux et doivent avoir emmagasiné les odeurs âcres de décennies de spectateurs se succédant soir après soir. On attend, j'avoue que je ne sais pas trop quoi penser de ma présence ici, je viens juste pour me faire une petite idée du personnage, mais je ne suis pas plus enthousiaste que ça. Je m'attends à passer un joli moment, et voilà tout. Et puis les lumières finissent par s'éteindre. La voix off nous dit, après nous avoir recommandé de rallumer nos sonneries de portable à la fin du spectacle, que si jamais un incendie se déclarait, il ne faudrait pas paniquer : il faudrait se ranger devant les portes de sortie, et ils nous appelleraient par ordre alphabétique - cela annonce le ton ! La dame juste à côté de moi me regarde d'un air affolé : "naaaan ? C'est une plaisanterie ??"... Hmmm... comment dire ?!

Arrive alors sur scène le fameux jeune homme de l'affiche. Cheveux un peu longs, blonds, en bataille. Petites lunettes rondes. Une boucle à l'oreille gauche. Visage souriant, engageant. Et il commence à parler. Ah, j'ai oublié de vous dire : il est québécois. Alors bien sûr, déjà, rien que son accent le rend d'emblée sympathique. Ses expressions aussi. Très vite, on oublie l'odeur des fauteuils. On n'est plus dans la salle. On est assis sur une montagne avec une grand-mère et un petit garçon dépeigné, et on regarde du monde passer et le soleil se lever.

Il raconte des histoires que lui racontait sa "grand-mèrosaure", qui existait déjà il y a très longtemps, bien avant les histoires. Il parle de son village natal, Saint Elie de Caxton, où les personnages caractéristiques sont bien campés, le coiffeur, le curé, le forgeron et tous les autres. Et il en parle drôlement. La plupart du temps, il garde son sérieux - tout en ne réussissant jamais complètement à empêcher ses yeux de pétiller - mais parfois, il rit, lui aussi, de bon coeur, tout content de ce qu'il vient de dire ! Il partage sa bonne humeur, il fait du bien !

On commence à sourire. Et puis on l'écoute continuer, et petit à petit, on rit. Il lâche une ou deux expressions qui n'appartiennent qu'à lui, il déforme les mots, toujours de façon subtile et amusante, manie la langue française avec brio, il raconte des choses extravagantes qui font dire à ma crédule voisine, avec presque un air de reproche dans la voix : "ooooh, mais qu'est-ce qu'il raconte ?!" ! De fil en aiguille, on se prend à suivre ses histoires, et au bout d'un moment, on se tort franchement de rire. J'en ai pleuré, pleuré tant je riais !

Mais l'habileté de Fred Pellerin va plus loin encore. Car, juste après nous avoir fait pleurer de rire, sans prévenir, il bascule d'un seul coup dans un moment tellement émouvant que les larmes qui coulent encore sur nos joues changent de goût : soudain, c'est d'émotion que l'on pleure.

http://www.fredpellerin.com/Et entre deux, il vous colle une petite chanson bien à lui, jolies paroles, jolie mélodie, qui vous entraîne un peu ailleurs le temps de reprendre son souffle avant la prochaine salve de larmes de rire. 

Et puis d'un seul coup, il salue, et là, incrédule, vous riez : ce n'est pas possible, ce n'est pas déjà fini ? Il vient à peine d'arriver ! Et pourtant, il faudra bien arrêter de rire, car non, ce n'est pas une blague : oui, le spectacle est fini. On n'a pas vu le temps passer, et pourtant, voilà déjà 1h30 qu'il est sur scène. Il vous salue de son petit sourire discret et de ses yeux rieurs. Il nous a fait passer un bon moment, mais lui aussi, on le sent, lui aussi a pris beaucoup de plaisir sur scène.

Un grand, grand spectacle. Je regrette de ne pas avoir connu ce garçon plus tôt, il est extraordinaire. Voilà bien longtemps que je n'avais pas vu un spectacle aussi drôle, fin, émouvant, beau, touchant, intelligent et subtil ! Je retournerai le voir, c'est sûr et certain !! Et je vous encourage à y aller quand il passera par chez vous. Il est épatant. Le laisser passer sans aller le voir, c'est se priver d'une excellente soirée ! 


http://www.fredpellerin.com/