samedi 2 mai 2015

Le premier jour du reste de ma vie, de Virginie Grimaldi


Rodolphe se compose un visage surpris. Il a quarante ans aujourd’hui et, il le sait, son épouse Marie lui a préparé une surprise. Dans quelques minutes, il va rentrer chez lui, ses amis vont tous crier « Surpriiiiise ! », et lui va afficher l’air de celui qui ne s’y attendait pas, comme si Marie ne lui avait pas déjà préparé une surprise pour ses vingt ans, une autre pour ses trente ans, et comme s’il ne l’avait pas surprise en train de chuchoter au téléphone « c’est une surprise ! ». Et tout se passe comme il s’y attendait, à un détail près. Une enveloppe est déposée là, dans laquelle il trouve un mot de Marie qui lui explique que, s’il voulait être surpris, il va l’être : elle part.

Nous suivons alors Marie qui, pour commencer sa nouvelle vie, part pour trois mois sur un paquebot, pour une croisière qui va lui faire faire le tour du monde. Une croisière spéciale pour personnes seules, c’est exactement ce dont elle a besoin : se retrouver toute seule avec elle-même.

Pourtant, dès le premier jour, elle fait la connaissance d’Anne, une femme d’une soixantaine d’années, d’un tempérament très anxieux, et de Camille, une jeune femme délurée de vingt ans, qui jure comme un charretier et a prévu de « se taper un mec par pays » dans ce voyage autour du monde.

Au gré de leurs pérégrinations, une solide amitié va lier ces trois femmes, et nous ferons avec elles la connaissance des autres voyageurs. Il y a l’italienne hystérique qui gâche les matinées de Marie, il y a « Milou » qui suit Camille comme son ombre, il y a l’homme aux cheveux gris, un monsieur renfrogné et solitaire, il y a Marianne qui, à 85 ans, donne une jolie leçon de vie à Marie, Camille et Anne…

L’histoire d’une quête de soi, l’histoire d’une personne qui, à 40 ans, se retourne sur son parcours et comprend que sa vie ne commence que maintenant. Marie nous entraîne dans son sillage, celui d’une femme qui plaque tout, sans peur, sans regret, et qui ose prendre sa vie en main du jour au lendemain. Une jolie histoire, à laquelle on a envie de croire. Certes pas « le » roman du siècle, mais une écriture légère, des personnages pétillants, une lecture facile. Un roman qui fait du bien.

Le sourire des femmes, de Nicolas Barreau


Aurélie est au trente-sixième dessous : Claude vient de la quitter pour une autre. Elle erre dans Paris toute la journée qui suit, ruminant sur cette histoire, et finit, un peu par hasard, dans une librairie. Elle en ressort avec un roman, qu’elle commence à lire tout de suite en entrant chez elle, et ne le referme pas avant de l’avoir fini. Elle est abasourdie. La jeune femme qui est décrite dans ce roman lui ressemble comme deux gouttes d’eau, et elle tient un restaurant qui ressemble à s’y méprendre à celui qu’elle tient. Mieux : il se nomme comme son propre restaurant, et se trouve à la même adresse !

Sans vraiment savoir ce qu’il adviendra, elle décide d’écrire à l’auteur de ce roman, un certain Robert Miller, et glisse sa lettre dans la boîte aux lettres de sa maison d’édition. Mais Robert Miller est un peu difficile à joindre, il vit dans son cottage en Angleterre, avec son petit chien Rocky, et déteste être mêlé à la vie publique.


En découle une histoire abracadabrante, drôle et tendre, un bon petit roman de vacances, des personnages attachants et une histoire toute en légèreté, qui se laisse lire facilement.

Kinderzimmer, de Valentine Goby

Des années après les faits, Suzanne fait le tour des lycées, pour raconter aux jeunes d’aujourd’hui ce qui lui est arrivée quand elle avait à peu près leur âge. Enceinte de tout juste trois mois, elle arrive au camp de concentration de Ravensbrück. Elle raconte, et ce jour-là, une jeune fille lui pose une question qui la trouble. Alors, plongée dans le doute, elle se souvient. Et raconte.


L’arrestation. La montée dans le train. L’incompréhension. L’impossibilité de se rendre compte de ce vers quoi la mène ce train. La croyance en l’humanité des personnes sur qui repose son destin. L’arrivée au camp. L’incompréhension, encore. Le doute. L’observation. Et, petit à petit, insidieusement, la compréhension, l’horreur, la volonté d’abandonner. Une grossesse pas vraiment comme les autres, dans un contexte qui rend impossible l’attachement d’une mère à son enfant qui grandit en elle car il ne représente rien d’autre que sa propre mort, à terme. La volonté de cacher son état. La peur de ce qu’engendrerait cet accouchement. Et puis, la naissance, dans le camp. Et la découverte d’un endroit presque incongru dans ce contexte : la Kinderzimmer, la chambre d’enfants. Elle se rend compte, alors, qu’elle n’est pas la seule jeune maman dans ce camp.
 


Loin d’un récit de jeune maman classique, ce roman est pesant, bien sûr, l’ambiance est sombre, tout n’est qu’horreur, peur, désespoir, et, pourtant, Suzanne parle aussi des relations fortes qui se nouent entre les victimes de ce camp, et des absurdités qui parsèment le quotidien. Un quotidien où tout geste prend une importance capitale, où la méfiance est de mise, mais où l’abandon est souvent nécessaire.

 Je ne dévoile rien en parlant de son retour chez elle après les camps – puisque son récit débute des années après – et de la difficulté à faire comprendre à d’autres l’horreur de ce qu’on a vécu.

 Un beau roman – certes pas un chef d’œuvre – où les émotions sont vraies, sans pathos, sans faux-semblants, doublé d’une fine analyse psychologique. Un vécu de l’intérieur très intéressant – peut-être pas aussi poignant qu’un « vrai » récit de survivant aux camps, puisqu’il ne s’agit ici « que » d’un roman.

La mécanique du cœur, de Mathias Malzieu

Le jour le plus froid du monde, naît le petit Jack, dans une maison perchée sur une colline. Là, vit Madame Madeleine, que d’aucuns nomment la sorcière. Elle aide des femmes à accoucher, qui abandonneront leur enfant tout de suite après la naissance.


Lorsque Jack vient au monde,  elle remarque immédiatement que son cœur est défaillant. Elle réunit ses outils, place l’enfant sur l’établi, et réussit à le maintenir en vie grâce à une horloge, qu’elle connecte à ses veines et à ses artères pour seconder son vrai cœur.


Muni de son horloge dont les aiguilles ressortent de sa chemise, le petit Jack grandit. Madame Madeleine poursuit son métier d’accoucheuse et de « réparatrice d’enfants », et, régulièrement, des couples en mal d’enfant passent chez elle, et y adoptent un enfant. Mais à chaque fois, c’est la même chose lorsqu’ils voient Jack : voyant ses aiguilles, entendant le tic-tac de son horloge, ils prennent peur, et, avec une moue dégoûtée, se retournent vers d’autres enfants. Jack voit ainsi défiler les autres enfants, qui partent pour vivre heureux dans un nouveau foyer, mais lui reste toujours là.


Le jour de ses 10 ans, il demande à sortir de la petite maison. Il se rend alors en ville, et c’est là qu’il découvre une petite fille de son âge, qui chante merveilleusement bien, et dont il tombe immédiatement éperdument amoureux. C’est ainsi que, malgré les réticences de Madame Madeleine, qui ne cesse de lui répéter combien son cœur est fragile et, en aucun cas prévu pour résister à des émotions fortes comme l’amour, sa quête commence.


Son chemin sera semé d’embûches et de rencontres plus ou moins amicales, l’on s’en doute, et, bon an, mal an, il mènera son petit bout de chemin.

Entre le conte et le poème, on retrouve, çà et là, de vrais enseignements de développement personnel, cachés sous une histoire qui a juste l’air un peu loufoque comme ça. Rien n’est téléphoné, rien n’est vraiment prévisible, on ne peut jamais préjuger de la fin de l’histoire, et, en suivant ce petit gars rafistolé, on y apprend beaucoup, sinon sur soi, du moins sur l’être humain en général. Je n’ai toujours pas vu le film d’animation qui en a été tiré, et j’hésite beaucoup à le voir, maintenant que j’ai lu le livre. J’ai souvent été déçue par les adaptations cinématographiques, et j’ai bien peur que ce soit le cas une nouvelle fois, tant le roman est riche ! J’ai eu l’impression – mais peut-être me suis-je fourvoyée - que le film d’animation était destiné aux enfants ; en ce qui concerne le livre, je ne le mettrais pas entre des mains trop jeunes, ce n’est pas une histoire pour les enfants. Toutefois, je pense que je tâcherai de le regarder, un de ces jours, car je suis vraiment curieuse de savoir ce qu’ils ont pu retranscrire de cette ambiance, de ce poème, de ces enseignements, et j’aimerais beaucoup voir s’ils ont eu le « courage » d’être fidèles au livre. Je ne peux pas (encore) parler du film. Mais, assurément, je ne peux que vous encourager à lire le roman !