vendredi 14 novembre 2014

Samba, d'Eric Toledano et Olivier Nakache - 2014

Ca y est, j'ai enfin vu Samba. Et j'en suis ressortie à la fois enchantée et extrêmement troublée. 

Samba, incarné par le sémillant Omar Sy, est un sans-papier, qui vit en France depuis dix ans, et vient d'être enfermé dans un centre de rétention. Viennent le voir Manu, jouée par Izia Higelin, et Alice - une Charlotte Gainsbourg d'une très grande justesse - , membres d'une association d'aide aux sans-papiers, qui vont essayer de le sortir, d'abord du centre de rétention, ensuite de cette situation bancale s'il en est. 

La suite, je ne vous la raconte pas, il faudra aller voir le film, mais l'ensemble m'a énormément touchée.

J'ai lu des critiques très négatives sur ce film, disant qu'il faisait l'apologie de l'immigration clandestine, ou encore qu'il revenait sur un sujet déjà vu et revu, ou bien qu'il ne fait l'objet que de clichés.

Pour ma part, j'ai vraiment aimé ce film, qui m'a ébranlée à plusieurs égards.

D'abord, parce qu'Omar Sy et Charlotte Gainsbourg sont, individuellement, des acteurs que j'apprécie beaucoup ; Omar Sy et son sourire gigantesque et si vrai, cette espèce d'aura qui se dégage de sa personne ; Charlotte Gainsbourg, si belle et touchante ; et leur réunion à l'écran a quelque chose de vraiment bouleversant, surtout dans ces rôles inversés : la frêle Charlotte, fragile, presque translucide, qui incarne un personnage marqué par la vie et qui expliquera son mal-être, face à l'imposant Omar, immense, d'une carrure impressionnante ; elle, triste et sombre, et lui, jovial et rieur malgré sa situation. Et pourtant, c'est elle qui, au-delà de sa délicatesse, peut l'aider à sortir de ses problèmes. 

Ensuite, parce qu'il y a cette situation inimaginable. En réalité, le mot est mal choisi : bien sûr que si, on peut l'imaginer, on peut même la voir, au jour le jour, puisqu'il s'agit d'une situation qui existe réellement pour des milliers de personnes. Et c'est là que, pour moi, les gens qui disent que tout cela n'est que cliché n'ont pas reçu de ce film ce qu'il y avait à recevoir. Je lis sur Allociné : "Eric Toledano explique que sa volonté n'était pas d'aborder le côté politique du sujet mais seulement de mettre "des visages sur des statistiques" ce qui, comme il le précise, "permet au spectateur de découvrir par des personnages et leur quotidien, un monde que souvent il ne connaît pas autrement que par le débat public et les médias. Et à partir de là, cela peut lui donner matière à réfléchir différemment". " Et en ce sens, en ce qui me concerne, l'objectif est atteint. 

Personne ne peut dire qu'il ne sait pas ce qu'il se passe. Mais, pour ma part, ce film a mis des visages sur ces anonymes dont on parle aux infos. Il m'a, tout simplement, humanisé ces personnes. Et il a profondément touché une partie de moi qui s'est révoltée, qui a crié à l'injustice, et qui s'est mise dans une colère noire. Je suis ressortie de la salle de cinéma en me demandant comment on en était arrivés là. Comment des êtres humains pouvaient faire subir cela à d'autres êtres humains. Comment des hommes pouvaient être suffisamment arrogants pour se croire supérieurs à d'autres, au point de les refuser sur leur territoire, de les parquer comme des bêtes, de les mépriser, de les voir comme des sous-hommes bons à accepter des emplois dont eux-mêmes ne voudraient pas, puis de les jeter ensuite quand ils n'ont plus besoin d'eux. 

Ne nous méprenons pas : je n'ai pas découvert la situation. Bien sûr que ce film ne m'a rien "appris". Bien sûr que l'on "sait". Mais il aura au moins eu le mérite de me montrer une partie de ce que vivent réellement ces personnes (une partie seulement, parce que j'imagine qu'il y a malheureusement encore plus difficile dans la réalité), et voir cela de cette façon a été violent pour moi, c'est le moins que l'on puisse dire. Cela m'a remuée et m'a - disons-le clairement - fait honte. Honte de cautionner cela. Car, en ne faisant rien pour que cela change, on cautionne la situation, qu'on le veuille ou non. L'idée peut déranger, mais si l'on est objectif et honnête avec soi-même, on ne peut la nier. Savoir que des personnes risquent leur vie pour venir en France, et qu'arrivés là, ils sont accueillis de cette façon ! Rien que l'idée me donne la nausée.

Je pense que les personnes qui disent de ce film qu'il fait l'apologie de l'immigration clandestine se trompent. En aucun cas "Samba" ne prône les faux papiers et la clandestinité ; il en montre, au contraire, toute la cruauté pour les personnes qui s'y voient entraînées. En fin de compte, il montre juste une réalité à laquelle sont confrontées des milliers de personnes au quotidien. Et, si l'on réfléchit bien, il montre surtout à quel point notre système, en quelque sorte, encourage la clandestinité. Je ne veux pas passer pour une soixante-huitarde, mais je ne crois rien inventer en affirmant que c'est bien l'interdit qui crée le contournement. Comment des êtres "humains" peuvent à ce point avoir peur d'autres êtres humains au point de leur refuser la dignité, au point de les regarder mourir à petit feu, empêtrés dans leurs difficiles conditions de vie, au point de les pousser à vivre la peur au ventre à chaque minute de chaque jour.

Je suis sûre que l'on me reprochera mon côté ingénu, et que l'on me rétorquera qu'il faut bien réguler tout ça, qu'on ne peut pas laisser tout un chacun vivre aux crochets de la société... Je répondrai juste que je ne préconise pas de leur permettre de vivre aisément sans rien faire, mais que je suis persuadée qu'en cherchant bien, on peut trouver un juste milieu entre "tout leur donner", et "les considérer comme des sous-humains". Je précise également, car cela me semble utile de le dire, que je ne parle pas "politique" ici, je me contente de regarder les choses d'un point de vue simplement "humain".

Je sais bien que j'ai un côté "utopiste", mais franchement... est-ce interdit de rêver d'un monde où les êtres humains seraient moins égoïstes ? Et où des personnes ne pourraient décemment pas permettre que d'autres se trouvent dans des conditions si précaires ? Je pleure intérieurement, je pleure en pensant que l'on puisse être assez abjects et inhumains pour oser donner le choix entre une vie extrêmement difficile chez nous, et une vie extrêmement difficile chez eux - voire, la mort assurée pour certains au retour dans leur pays.

Voilà tout ce que ce film a remué en moi. Je crois qu'il m'a particulièrement touchée parce que justement, je suis en pleine tombée des nues ces derniers mois, et qu'il ne vient jamais que mettre une pierre de plus à l'édifice de perplexité qui se dresse en moi au fur et à mesure de prises de conscience plus ou moins douloureuses.

A côté de ça, Samba est - aussi - une comédie, et l'on rit beaucoup... D'autant plus que, comme la situation ne prête pas à rire, je crois qu'il y a une sorte de décharge émotionnelle à chaque passage "un peu" drôle, qui nous pousse à rire franchement pour nous libérer de la dureté de ce qui précède... Franchement, allez le voir. C'est un vrai beau film.

1 commentaire:

  1. Coucou,
    Je ne l'ai pas encore vu. Dans le même genre, j'avais beaucoup apprécié "The visitor", avec Hiam Abbass.
    J'aime bien tes comptes-rendus de films et de livres. Celui-là me donne très envie d'aller voir le film.
    Bises, bonne semaine!
    Léa

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