vendredi 28 novembre 2014

Une page se tourne, mais l'histoire continue !

Ce soir, alors que je ne réalise pas encore tout à fait qu'elle est partie, je me sens comme un vague à l'âme, comme une espèce de nostalgie. On dit que, quand on s'apprête à mourir, on voit défiler notre vie sous nos yeux. Là, je m'apprête à faire le deuil d'une présence chaleureuse, rayonnante et bienveillante auprès de moi chaque après-midi dans ma classe, et ce n'est pas ma vie que je vois défiler, mais les souvenirs de tous ces moments qui ont vu naître notre amitié. Oh, elle n'est pas partie bien loin, et je sais qu'on se reverra très vite - pas plus tard que demain, d'ailleurs ! - , mais elle me manque déjà ! Une partie de mon âme est un peu grise, ce soir, en pensant que ça y est, tout cela est derrière nous, maintenant. On essaie toujours de profiter un maximum, et puis, quand c'est terminé, on se reproche de ne pas en avoir assez profité ! L'humain est ainsi fait... Mais je ne vais pas pleurer longtemps, car le positif de cette histoire, c'est que j'ai gagné une amie, et ça, ça n'a pas de prix !

Partage du petit texte que je lui ai écrit, et lu aujourd'hui... 

A l'école, un jour de novembre 2012, est arrivée une petite jeune femme charmante et souriante. J'étais à mi-temps et elle ne travaillait pas dans ma classe, alors au début, on s'est surtout croisées. Si j'avais su, alors, ce qu'elle allait devenir pour moi, je n'aurais pas perdu de temps !

Mais, alors, je ne me doutais de rien, et j'ai passé un an dans la même école, sans savoir le trésor à côté duquel je passais !

Et puis, 2013 est arrivée, E. a intégré ma classe, et S. l'a suivi. C'est alors que j'ai découvert que, derrière ce sourire éclatant, il y avait aussi un grand cœur, une gentillesse infinie et un sens du partage illimité. De petits bavardages en longs échanges, de petits récits du quotidien en grandes confidences, le lien s'est développé avec une facilité déconcertante. Un matin, je me suis levée, et j'avais au cœur comme une évidence : S. n'est pas simplement une AVS qui travaille l'après-midi dans ma classe, elle est bien plus que ça : elle est mon amie ! Dès lors, la joie de la voir chaque jour s'est faite plus forte ! Ce n'est pas donné à tout le monde de travailler avec une amie dans sa classe ! J'ai alors profité de chaque instant partagé avec elle, sachant que le temps nous était compté.

S., je veux te dire combien j'ai aimé t'avoir dans ma classe, combien j'ai apprécié chacun de nos échanges, combien j'ai apprécié ton soutien dans les moments difficiles et ton rire complice dans les moments joyeux !

Merci, S., merci pour tout, et merci à la Vie de m'avoir permis de rencontrer une AVS, ce qui signifie... une Amie Vraiment Superchouette ! 

Comme tu l'as dit, notre amitié ne se termine pas avec la fin de ton travail ici, mais sache que, toi partie, c'est un rayon de soleil qui disparaît de mon quotidien. Tu vas me manquer !

dimanche 16 novembre 2014

"I'm sensitive, and I'd like to stay that way..."

 Il est des personnes foncièrement bonnes. Prêtes à rendre service. Prêtes à donner, prêtes à se donner. Prêtes à se dévouer aux autres, à les aider, qu'elles les connaissent ou non : aider une personne âgée à marcher dans la rue, aider un enfant chargé à porter ses affaires, ramasser un papier dans la rue pour le déposer à la poubelle. Prêtes à distiller de petites attentions discrètes mais appréciables chaque jour. Des personnes qui s'émerveillent facilement et profitent de chaque petite joie de la vie comme si elle était un grand bonheur. Des personnes dont le choix de vie premier est de sourire à la vie et aux autres. Des personnes qui pensent que plus elles distribuent de sourires, plus les sourires se répandront et prendront leur envol pour inonder le monde. Des personnes souvent discrètes. Des personnes que les autres apprécient de voir, parce qu'ils savent qu'ils peuvent toujours compter sur elles pour avoir le sourire, être serviables et faire en sorte qu'ils se sentent bien. Des personnes qui sont tellement positives et souriantes que l'on a toujours l'impression qu'elles vont bien. D'ailleurs, c'est ce qu'elles répondent, invariablement, quand on leur demande comment elles vont : bien, toujours et irrémédiablement bien.

Et pourtant. 

Pourtant, il arrive que ces personnes soient fatiguées. 

Fatiguées physiquement.

Fatiguées moralement.

Il arrive qu'elles en aient marre de donner, toujours donner, et de ne pas recevoir de considération en retour. Parce qu'elles donnent tellement que les autres s'y habituent et ne pensent plus à dire merci. Les autres considèrent normale l'attitude affable de ces personnes et oublient, sinon de rendre, du moins de porter attention à ce que ces personnes donnent. Elles ne sont pas fatiguées de donner : c'est leur mode de fonctionnement, leur valeur, leur énergie, et elles n'envisagent pas un instant de faire autrement. C'est leur souffle de vie. Elles sont juste fatiguées, parfois, d'avoir l'impression que les autres considèrent comme un dû ce qu'elles leur donnent.

Fatiguées parce que, après s'être occupées de tout dans un dossier, elles se rendent compte qu'on a oublié de leur demander leur avis pour l'étape cruciale. Parce que, quand elles ont rendu service, on ne leur a pas dit merci. Parce que, quand exceptionnellement elles ont demandé à être relayées, elles ne l'ont pas été - pire, elles ont été critiquées parce qu'elles voulaient arrêter. Parce qu'à force de tant donner aux autres, elles s'oublient elles-mêmes. Parce que, après avoir pensé à une attention toute particulière pour une personne, elles se rendent compte que, dans le même temps, l'autre personne a agi de façon complètement égoïste sans penser un seul instant à elles. 

Il faut que je vous dise une chose. 

Sourire, donner, partager, c'est leur carburant. Mais, quand on a ce genre de carburant, on ne peut pas ne pas avoir de cœur. Ces personnes-là ont bien souvent un cœur gros comme ça et sont d'une grande sensibilité. Et c'est là leur écueil. 

Car beaucoup de choses les touchent plus que de raison.

Des choses qui ne marqueraient pas particulièrement le commun des mortels, peuvent les bouleverser. Les uns et les autres partagent le même monde, mais des émotions d'intensité différente. 

Je vais vous dire autre chose. Bien souvent, les personnes sensibles aiment l'être.  Elles rêvent que leur sensibilité soit contagieuse et que le monde s'apaise pour mener à une vie plus sereine pour tous. Elles aiment sourire, elles aiment donner, elles aiment partager... et elles adorent s'émouvoir pour de toutes petites choses. Mais en contrepartie, parfois, elles sont blessées par des paroles anodines ou non, des actes, des gestes qui sont totalement inconcevables dans leur mode de pensée. Mais pour rien au monde elles ne voudraient rendre leur sensibilité. 

Faites attention à ces personnes. Elles vous apportent beaucoup. Mais elles sont sensibles... et elles adoreraient le rester.


"I was thinking that I might fly today
Just to disprove all the things you say
It doesn't take a talent to be mean
Your words can crush things that are unseen

So please be careful with me, I'm sensitive
And I'd like to stay that way.

You always tell me that is impossible
To be respected and be a girl
Why's it gotta be so complicated?
Why you gotta tell me if I'm hated?

So please be careful with me, I'm sensitive
And I'd like to stay that way.

I was thinking that it might do some good
If we robbed the cynics and took all their food
That way what they believe will have taken place
And we'll give it to anybody who has some faith

So please be careful with me, I'm sensitive
And I'd like to stay that way.

I have this theory that if we're told we're bad
Then that's the only idea we'll ever have
But maybe if we are surrounded in beauty
Someday we will become what we see
'Cause anyone can start a conflict
It's harder yet to disregard it
I'd rather see the world from another angle
We are everyday angels
Be careful with me 'cause I'd like to stay that way"
Jewel - visible ici.

 

vendredi 14 novembre 2014

Samba, d'Eric Toledano et Olivier Nakache - 2014

Ca y est, j'ai enfin vu Samba. Et j'en suis ressortie à la fois enchantée et extrêmement troublée. 

Samba, incarné par le sémillant Omar Sy, est un sans-papier, qui vit en France depuis dix ans, et vient d'être enfermé dans un centre de rétention. Viennent le voir Manu, jouée par Izia Higelin, et Alice - une Charlotte Gainsbourg d'une très grande justesse - , membres d'une association d'aide aux sans-papiers, qui vont essayer de le sortir, d'abord du centre de rétention, ensuite de cette situation bancale s'il en est. 

La suite, je ne vous la raconte pas, il faudra aller voir le film, mais l'ensemble m'a énormément touchée.

J'ai lu des critiques très négatives sur ce film, disant qu'il faisait l'apologie de l'immigration clandestine, ou encore qu'il revenait sur un sujet déjà vu et revu, ou bien qu'il ne fait l'objet que de clichés.

Pour ma part, j'ai vraiment aimé ce film, qui m'a ébranlée à plusieurs égards.

D'abord, parce qu'Omar Sy et Charlotte Gainsbourg sont, individuellement, des acteurs que j'apprécie beaucoup ; Omar Sy et son sourire gigantesque et si vrai, cette espèce d'aura qui se dégage de sa personne ; Charlotte Gainsbourg, si belle et touchante ; et leur réunion à l'écran a quelque chose de vraiment bouleversant, surtout dans ces rôles inversés : la frêle Charlotte, fragile, presque translucide, qui incarne un personnage marqué par la vie et qui expliquera son mal-être, face à l'imposant Omar, immense, d'une carrure impressionnante ; elle, triste et sombre, et lui, jovial et rieur malgré sa situation. Et pourtant, c'est elle qui, au-delà de sa délicatesse, peut l'aider à sortir de ses problèmes. 

Ensuite, parce qu'il y a cette situation inimaginable. En réalité, le mot est mal choisi : bien sûr que si, on peut l'imaginer, on peut même la voir, au jour le jour, puisqu'il s'agit d'une situation qui existe réellement pour des milliers de personnes. Et c'est là que, pour moi, les gens qui disent que tout cela n'est que cliché n'ont pas reçu de ce film ce qu'il y avait à recevoir. Je lis sur Allociné : "Eric Toledano explique que sa volonté n'était pas d'aborder le côté politique du sujet mais seulement de mettre "des visages sur des statistiques" ce qui, comme il le précise, "permet au spectateur de découvrir par des personnages et leur quotidien, un monde que souvent il ne connaît pas autrement que par le débat public et les médias. Et à partir de là, cela peut lui donner matière à réfléchir différemment". " Et en ce sens, en ce qui me concerne, l'objectif est atteint. 

Personne ne peut dire qu'il ne sait pas ce qu'il se passe. Mais, pour ma part, ce film a mis des visages sur ces anonymes dont on parle aux infos. Il m'a, tout simplement, humanisé ces personnes. Et il a profondément touché une partie de moi qui s'est révoltée, qui a crié à l'injustice, et qui s'est mise dans une colère noire. Je suis ressortie de la salle de cinéma en me demandant comment on en était arrivés là. Comment des êtres humains pouvaient faire subir cela à d'autres êtres humains. Comment des hommes pouvaient être suffisamment arrogants pour se croire supérieurs à d'autres, au point de les refuser sur leur territoire, de les parquer comme des bêtes, de les mépriser, de les voir comme des sous-hommes bons à accepter des emplois dont eux-mêmes ne voudraient pas, puis de les jeter ensuite quand ils n'ont plus besoin d'eux. 

Ne nous méprenons pas : je n'ai pas découvert la situation. Bien sûr que ce film ne m'a rien "appris". Bien sûr que l'on "sait". Mais il aura au moins eu le mérite de me montrer une partie de ce que vivent réellement ces personnes (une partie seulement, parce que j'imagine qu'il y a malheureusement encore plus difficile dans la réalité), et voir cela de cette façon a été violent pour moi, c'est le moins que l'on puisse dire. Cela m'a remuée et m'a - disons-le clairement - fait honte. Honte de cautionner cela. Car, en ne faisant rien pour que cela change, on cautionne la situation, qu'on le veuille ou non. L'idée peut déranger, mais si l'on est objectif et honnête avec soi-même, on ne peut la nier. Savoir que des personnes risquent leur vie pour venir en France, et qu'arrivés là, ils sont accueillis de cette façon ! Rien que l'idée me donne la nausée.

Je pense que les personnes qui disent de ce film qu'il fait l'apologie de l'immigration clandestine se trompent. En aucun cas "Samba" ne prône les faux papiers et la clandestinité ; il en montre, au contraire, toute la cruauté pour les personnes qui s'y voient entraînées. En fin de compte, il montre juste une réalité à laquelle sont confrontées des milliers de personnes au quotidien. Et, si l'on réfléchit bien, il montre surtout à quel point notre système, en quelque sorte, encourage la clandestinité. Je ne veux pas passer pour une soixante-huitarde, mais je ne crois rien inventer en affirmant que c'est bien l'interdit qui crée le contournement. Comment des êtres "humains" peuvent à ce point avoir peur d'autres êtres humains au point de leur refuser la dignité, au point de les regarder mourir à petit feu, empêtrés dans leurs difficiles conditions de vie, au point de les pousser à vivre la peur au ventre à chaque minute de chaque jour.

Je suis sûre que l'on me reprochera mon côté ingénu, et que l'on me rétorquera qu'il faut bien réguler tout ça, qu'on ne peut pas laisser tout un chacun vivre aux crochets de la société... Je répondrai juste que je ne préconise pas de leur permettre de vivre aisément sans rien faire, mais que je suis persuadée qu'en cherchant bien, on peut trouver un juste milieu entre "tout leur donner", et "les considérer comme des sous-humains". Je précise également, car cela me semble utile de le dire, que je ne parle pas "politique" ici, je me contente de regarder les choses d'un point de vue simplement "humain".

Je sais bien que j'ai un côté "utopiste", mais franchement... est-ce interdit de rêver d'un monde où les êtres humains seraient moins égoïstes ? Et où des personnes ne pourraient décemment pas permettre que d'autres se trouvent dans des conditions si précaires ? Je pleure intérieurement, je pleure en pensant que l'on puisse être assez abjects et inhumains pour oser donner le choix entre une vie extrêmement difficile chez nous, et une vie extrêmement difficile chez eux - voire, la mort assurée pour certains au retour dans leur pays.

Voilà tout ce que ce film a remué en moi. Je crois qu'il m'a particulièrement touchée parce que justement, je suis en pleine tombée des nues ces derniers mois, et qu'il ne vient jamais que mettre une pierre de plus à l'édifice de perplexité qui se dresse en moi au fur et à mesure de prises de conscience plus ou moins douloureuses.

A côté de ça, Samba est - aussi - une comédie, et l'on rit beaucoup... D'autant plus que, comme la situation ne prête pas à rire, je crois qu'il y a une sorte de décharge émotionnelle à chaque passage "un peu" drôle, qui nous pousse à rire franchement pour nous libérer de la dureté de ce qui précède... Franchement, allez le voir. C'est un vrai beau film.