dimanche 12 octobre 2014

L'indicible...

Comment surmonter la perte d'un enfant ? Une question à laquelle aucune maman au monde ne devrait être confrontée. C'est pourtant à cette question que va devoir répondre la maman d'un de mes élèves. Elle avait trois enfants. Un grand, né polyhandicapé, qui venait de fêter ses 9 ans, et deux plus jeunes : celui du milieu, 5 ans, que j'ai eu en classe pendant deux ans, et le plus petit, 3 ans, que j'ai cette année dans ma classe. 

Ce vendredi matin, une amie de leur famille est venue me voir, une personne dont j'ai eu également un fils dans ma classe il y a deux ans. La voyant, je l'ai accueillie d'un joyeux "bonjour !", je suis toujours ravie de revoir des parents d'anciens élèves qui prennent le temps de venir me saluer. Mais à peine avais-je fini d'envoyer mon enthousiasme, que j'ai senti que quelque chose clochait. La femme me regardait d'un air ennuyé, partagée entre la volonté de répondre à ma joie, et celle de remplir la "mission" pour laquelle elle était vraiment là ce matin-là. Et elle m'a annoncé la terrible nouvelle. Le grand garçon, polyhandicapé, venait de mourir, dans la nuit. Et donc, les garçons ne seraient pas à l'école ce jour-là. 

Cela m'a fait l'effet d'une implosion extrêmement brutale. Je savais que cet enfant était polyhandicapé. Je ne l'avais jamais vu, sinon par des photos que la maman m'avait montrées. Pour ainsi dire, je ne le connaissais pas. Et pourtant, que peut-on ressentir à une telle annonce ? Je connais la famille. Le papa. La maman. Et les deux petits frères. Même si je n'ai jamais vu cet enfant, je sais que sa famille l'aimait profondément. J'ai vu, sur les photos, les deux garçons étreindre leur grand frère qui ne pouvait, physiquement, pas leur rendre leurs étreintes, mais on pouvait sentir, sur cette photo, tout l'amour qui en émanait. J'ai entendu les garçons parler de leur grand frère. C'était leur frère. Polyhandicapé, ne pouvant pas jouer avec eux comme n'importe quel autre enfant, mais c'était leur frère et ils l'aimaient. J'ai pensé à eux, et à leurs parents. Comment survivre après un tel coup de tonnerre dans son existence ? Peut-être bien qu'ils s'y étaient "préparés", peut-être bien qu'on leur avait annoncé dès le début qu'il ne vivrait pas longtemps. Pour autant, peut-on vraiment, réellement, "se préparer" à la mort de son enfant ? Je crois qu'avant tout, ils ont surtout profité du temps qu'ils ont partagé avec lui. Et ils ont bien fait. Ils lui ont apporté de l'amour et de l'attention. Ils l'ont accompagné. Et aujourd'hui leur est confiée la lourde, la douloureuse tâche, de se reconstruire, et d'accompagner leurs plus jeunes enfants dans cette perte innommable, cette perte à laquelle les deux petits n'arrivent pas à croire, cette perte à laquelle ils ne veulent pas croire. Perdre son grand frère, ce n'est pas possible, ça n'existe pas. Et pourtant...

Comment parler de la mort à un enfant ? C'est une question déjà suffisamment épineuse comme cela.
Comment parler de la mort d'un enfant à un enfant ? Voilà qui est encore plus complexe.
Comment parler à un enfant de la mort de son grand frère ? Comment ? Ce n'est même plus complexe, c'est terrible, ignoble, odieux et juste inimaginable.

L'après-midi de ce jour-là, les deux enfants sont venus à l'école. Ils avaient besoin d'air, qui était devenu irrespirable chez eux. Je ne peux que revoir le visage fermé et perplexe de ce petit bonhomme de 3 ans, qui semblait se poser des questions qu'un enfant de cet âge ne devrait pas avoir à se poser. 

J'ai demandé à mes élèves de dire des mots doux à la famille. Nous avons peint, et écrit pour les deux grands frères et pour leurs parents. Nous leur avons envoyé tout notre soutien de la façon la plus chaleureuse possible. Je sais très bien que rien ne viendra réparer leur perte, mais j'avais à cœur de témoigner de notre soutien, afin peut-être de leur apporter un peu de douceur dans cette blessure à vif, dans cette douleur à l'état brut.

Aujourd'hui, mes amis, je vous demande d'avoir une pensée pour cette famille qui doit faire face à l'horreur absolue de la perte d'un de ses enfants. Soyons en union de prière, amis croyants, pour cet enfant ainsi que pour sa famille. Amis non croyants, ayez une pensée pour accompagner cet enfant et sa famille dans ces moments si douloureux. Merci pour eux.

3 commentaires:

  1. voila un évènement auquel on ne s'habitue jamais, c'est aussi pour ca que je change de service!

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