lundi 25 août 2014

Repose en paix...

Voici un texte que j'avais écrit il y a un peu plus de deux ans... Il est toujours actuel dans l'idée générale qui le sous-tend - celle sur le fait de ne pas juger les personnes qui nous entourent - , et sur laquelle je compte faire un article dans les prochains jours... 


Depuis la rentrée, j'avais une atsem, un peu lente, pas toujours très dégourdie, mais très gentille. J'ai entendu un nombre incalculable de critiques sur elle... je devrais plutôt dire "jugements". Les gens assimilent souvent ce que FONT les autres à ce qu'ils SONT.

Il m'est arrivé de ne pas être satisfaite de ce qu'elle avait fait. Je lui ai toujours dit lorsque cela ne me convenait pas. D'autres préféraient ne rien lui dire, et ronchonner dans leur coin, la critiquer par derrière, et estimer que, si elle ne faisait pas son travail comme il faut (ou, du moins, comme ils l'attendaient), c'est qu'elle ETAIT paresseuse, incompétente, limitée, lente, etc.

Elle était lente, c'est sûr. Elle n'était certes pas la joie de vivre incarnée. Pour autant, les gens sont ce qu'ils sont, et, s'ils font un travail qui ne nous convient pas, cela ne les empêche pas d'être de bonnes personnes.

Et puis, un jour de mars, on a appris qu'elle était absente. Pour ma part, ma première réaction a été l'inquiétude. La dernière fois que je lui avais parlé, la semaine d'avant, juste avant de quitter mon travail, elle m'avait fait part de son moral en berne. Et j'ai su que la dernière fois qu'elle a vu ses collègues, elle n'a pas été traitée de façon très acceptable (sans rentrer dans les détails, elle a été méprisée). J'ai demandé de ses nouvelles régulièrement. Certaines personnes, que je me refuse à nommer ici parce que mon but n'est pas de les juger, m'ont laissé entendre que "pfff, de toute façon, elle s'arrête pour rien", etc. Je me suis permis de faire remarquer que je savais qu'elle n'était pas au mieux de sa forme, mais tout ce que j'ai obtenu en retour, c'est que de toute façon, elle n'était jamais au mieux de sa forme.

L'arrêt s'est prolongé, de semaine en semaine. Au bout de 3 semaines, on a appris qu'elle était à l'hôpital. Pour une leucémie.

Je ne veux juger personne, car je sais que chacun est tel qu'il est, avec ses propres souffrances, ses propres mécanismes de défense psychologique. Mais j'ai été choquée par certains propos. "De toute façon, c'est n'importe quoi, elle s'invente toujours des trucs, celle-là, je suis sûre qu'elle a juste fait des analyses de sang et qu'elle s'imagine qu'elle a une maladie grave, mais ce doit être des bêtises". Je me suis demandé comment on pouvait à ce point mépriser une personne, et mettre en doute une leucémie. Je veux dire, on ne parlait pas d'un rhume, là, on parlait d'une maladie grave. Je sais qu'il y a des malades imaginaires, mais de là à s'inventer une leucémie ?

J'ai demandé de ses nouvelles régulièrement. J'ai même pris son n° de téléphone à l'hôpital pour l'appeler, et puis je n'ai pas pris le temps, et puis je n'ai pas osé, je crois que j'ai eu peur, j'ai repoussé l'échéance. Et aujourd'hui je m'en veux.

Parce qu'aujourd'hui, je viens d'apprendre son décès.

Pour autant, je suis "heureuse" de savoir qu'elle avait le sourire à chaque fois qu'elle entrait dans ma classe, heureuse d'avoir été là pour l'écouter, de temps en temps, heureuse de savoir que, la dernière fois que je l'ai vue, je lui ai fait un grand sourire et lui ai souhaité une bonne journée et j'ai obtenu son sourire et son "merci" en retour. Je sais qu'elle se sentait mal dans l'école, elle se sentait méprisée. Mais je sais aussi qu'elle se sentait bien dans ma classe. La dernière fois que j'ai parlé avec elle, elle m'a dit "tout le monde n'est pas comme vous". Et je sais, par une de ses collègues, qu'elle appréciait lorsqu'elle était dans ma classe. Je suis heureuse de lui avoir donné cela. C'est peu de choses, un simple sourire, une écoute bienveillante, mais je suis heureuse d'avoir pu lui offrir cela dans cet environnement où elle se sentait si mal.

Et puis cette histoire m'amène à une réflexion que je me suis déjà faite par le passé. Certaines personnes se plaignent souvent, et nous agacent profondément. Nous sommes amenés parfois à des jugements à l'emporte-pièce. Je trouve triste de ne pas entendre qu'une personne est en souffrance. On ne peut pas écouter toutes les personnes en souffrance de notre entourage, on est humains et on a aussi nos propres problèmes et nos propres limites. Mais, au moins, ne jugeons pas les personnes qui disent se sentir mal. Soyons, sinon à l'écoute, du moins dans l'acceptation que tout le monde n'a pas la force de garder son mal-être pour lui.

Je ne pourrai pas être à son enterrement, qui aura lieu vendredi, je ne serai pas dans la région. Mais j'aurai une pensée pour elle, pensée qui s'ajoutera à toutes les pensées que j'ai eues pour elle depuis que je la connais, depuis que je sais qu'elle allait mal, depuis que je la savais arrêtée, depuis que je la savais malade et hospitalisée. Je vais mettre une bougie à brûler ce soir, en sa mémoire.

Je souhaitais vous raconter cela afin que, vous aussi, vous ayez une pensée pour elle. Même si vous l'oubliez ensuite, je sais au moins que les pensées de mes amis seront allées vers elle ne serait-ce que le temps de cette lecture. Vous qui avez lu ce texte, et pensé à cette personne tout le long de cette lecture, je vous remercie pour elle.

Repose en paix, j'espère que tu trouveras de l'amour et de la lumière là où tu es.

1 commentaire:

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