mardi 26 août 2014

Les brumes de l'apparence, de Frédérique Deghelt

Gabrielle, parisienne convaincue du bien-fondé de son mode de vie et de sa supériorité sur toute autre façon de vivre, dénigrant sans se cacher la vie à la campagne, reçoit un jour un coup de téléphone d'un notaire, qui lui annonce qu'elle hérite d'une vieille bâtisse au plein coeur de la France profonde. C'est sans grande conviction que Gabrielle se rend sur place pour voir la bâtisse en question, dans l'unique but de signer les paperasses au plus vite pour la mettre en vente, et elle est finalement retenue malgré elle sur les lieux pour une nuit. Cette nuit, qu'elle passe sur ses terres, connues dans le voisinage comme "terres des sorciers", et réputées hantées, lui feront vivre des choses étranges. Ceci, couplé à sa rencontre avec une tante dont elle avait toujours ignoré l'existence, et sa découverte perplexe de dons qu'elle a hérités de ses aïeux inconnus, va la plonger dans le renouveau d'une existence dominée par le paraître. Soudain, Gabrielle doit affronter des situations surnaturelles qui la dépassent. De rencontre en découverte, Gabrielle vit un revirement de sa vie, qui la mènera loin, très loin de ce qu'elle imaginait.

C'est d'abord l'illustration de la couverture qui a attiré mon regard vers cet ouvrage. Le titre, aussi, que j'ai trouvé à la fois beau et empreint de poésie. Le thème, également, qui peut en rebuter certains, mais qui me parle beaucoup. Le surnaturel, les dons inexplicables de certaines personnes, tout cela pour moi fait partie de l'extraordinaire de la vie et me passionne. Je suis en premier lieu entrée pleinement dans cette histoire. Je dois avouer que la narratrice, au début, représente tout ce que je n'aime pas : une personne imbue d'elle-même et de sa vie, sûre qu'elle vaut bien mieux que tous ces "péquenauds" de campagnards, et qui est persuadée que la culture du paraître est la meilleure qui soit. Elle présente des avis tranchés qui m'ont dérangée, mais j'ai trouvé intéressant, justement, de lire les mots d'une narratrice qui m'est antipathique. Et puis, au fil de ses découvertes, elle est devenue plus mesurée dans ses propos, et, petit à petit, plus agréable à suivre. 

L'écriture est très belle, j'ai beaucoup apprécié lire Frédérique Deghelt. En revanche, il y a beaucoup de choses qui m'ont dérangée. Au début du roman, elle utilise des citations très souvent - je ne parle pas des citations en chapeau de chaque chapitre, qui, elles, ne sont pas gênantes au contraire - mais bien des citations dans le corps du texte. Cela m'a rappelé un roman d'Amélie Nothomb que j'avais lu il y a bien longtemps et dont j'avais singulièrement détesté l'écriture que j'avais trouvée prétentieuse, et hérissée de citations très fréquentes, qui faisaient un peu "étalage de culture". Cependant, ici, cela est peut-être lié avec l'arrogance dont fait preuve la narratrice - bien que je n'en sois pas convaincue.

Par ailleurs, j'ai trouvé la maîtrise de la chronologie très approximative. Plusieurs fois dans le roman, j'ai dû relire des passages car je ne comprenais pas bien l'enchaînement des événements... et pour cause ! Une journée qui dure 48 heures, avec deux déjeuners et un dîner. Un dîner annoncé dans un restaurant et qui se transforme en soirée chez des amis sans aucune explication. Un voyage qui est censé durer de longues heures et qui n'en dure finalement que très peu... Je n'ai pas tout relevé, mais les incohérences temporelles et logiques m'ont souvent décontenancée.

J'ai ressenti de façon assez agressive l'avis de la narratrice (et de l'auteure ?) sur la religion. Sa façon de l'exprimer est très tranchée, elle a le droit de penser ce qu'elle veut, mais j'ai trouvé l'insistance assez lourde... D'autant que parfois, elle assène des opinions comme des vérités, disant que ses croyances à elle sont terriblement plus justes que celles de toute religion... et que, lisant ses croyances, je ne pouvais m'empêcher de voir à quel point elles étaient proches de celles de la religion - et donc loin d'être incompatibles comme elle a l'air de le dire. [Et je parle ici volontairement de "la religion" dans ce qu'elle a d'universel, car, sans connaître absolument toutes les religions de fond en comble, je pense qu'elles ont toutes certaines choses en commun, bien qu'interprétées différemment - mais je ne m'étalerai pas plus sur la question ici, ce n'est pas le sujet.]

Dans ce roman de quête de soi, existent de nombreux moments d'introspection, indispensables mais trop longs à mon goût, et cassant malheureusement le rythme de l'intrigue sans y apporter de réelle valeur.

Enfin, l'épilogue est catapulté d'un seul coup alors que de nombreuses questions restent en suspens et n'ont pas été exploitées (entre autres, une télé qui implose sans raison, des lettres de menaces anonymes dont on ne saura jamais la provenance, des études menées par des chercheurs qui n'aboutiront à rien...), et, soudain, sorti on ne sait trop d'où, arrive une conclusion téléphonée et dont on a l'impression que l'auteure s'est fendue parce qu'elle s'essoufflait à l'écriture de ce long roman et qu'il lui fallait une fin inattendue. Je salue l'interdiction qu'elle s'est probablement donnée de tomber dans la facilité d'une histoire d'amour entre deux protagonistes qui aurait paru courue d'avance ; toutefois, elle sombre dans l'apparition surprise, au dernier moment, d'un nouveau personnage sorti de son chapeau et qui, sans étonner personne, aura le rôle que l'on attend de lui au moment-même où son nom est mentionné pour la première fois. Dommage.

Malgré toutes ces déconvenues, j'ai pourtant apprécié le roman : le thème, l'écriture, l'évolution du personnage étaient autant de points forts du livre. Mais tout le reste me laisse au final une impression mitigée... 

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