dimanche 6 juillet 2014

Il paraît que la première urgence à l'école, ce sont les rythmes scolaires...

Vendredi 4 juillet. Date tant attendue par des milliers d'enfants, mais aussi d'enseignants.
Car, soyons honnêtes, nous avons beau aimer notre métier, nous y mettons tant d'énergie que nous arrivons en fin d'année scolaire échevelés et fourbus, et c'est dans un sourire mi-nostalgique, mi-esquinté que nous souhaitons à nos élèves de passer de bonnes vacances. Et quand se ferme la porte de l'école sur le dernier élève, nous nous sentons tout à la fois ravis, fatigués, et un peu mélancoliques quand même. Puis on pense à nos enfants, à nos familles, et on se sent soulagés de savoir que, pendant quelques semaines, ce métier certes passionnant, mais qui empiète singulièrement sur notre temps privé, ne va plus nous couper des nôtres. Nous allons enfin pouvoir profiter un peu du temps que nous allons avoir avec nos proches.

Ce matin-là, comme tous les autres matins, une enseignante a dû dire "à ce soir" à ses enfants, deux petites filles en bas âge. Elle a dû, aussi, se réjouir de ce dernier jour d'école, se dire qu'elle allait enfin pouvoir souffler. Plus qu'une journée et je ne pense plus qu'à mes enfants, au lieu d'avoir toujours les enfants des autres dans un coin de ma tête. 

Sauf que ses enfants ne la reverront jamais. Ce matin-là, ses enfants, sans le savoir, disaient au-revoir à leur maman pour la dernière fois. Elle ne reviendra plus. Elle n'aura pas eu le temps de se réjouir des vacances, elle ne soufflera pas, elle ne sera plus jamais à leurs côtés. Elle ne pouvait pas le savoir, mais ce dernier jour d'école de l'année scolaire allait en fait être son tout dernier jour d'école. Et il n'allait pas durer longtemps.

Ce matin-là, une maman d'élève est entrée, armée d'un couteau de cuisine, dans l'école maternelle où travaillait cette enseignante. Arrivée dans la classe, elle l'a poignardée pour des raisons obscures. Devant les enfants de la classe. Devant sa propre fille, qu'elle était en train d'amener à l'école. L'enseignante est décédée sur les lieux peu de temps après.




L'enquête a dit que cette femme meurtrière est atteinte de troubles psychologiques graves, et déjà connue des services de police pour des faits remontant notamment au mois de janvier 2014. Que faisait-elle seule, libre, sans aucune surveillance, alors que l'on connaissait sa dangerosité potentielle ? A cette question, personne ne répond.

Ce drame a eu lieu vendredi. Aujourd'hui, les informations consacrent à peine quelques minutes à ce drame qui a assommé la communauté enseignante, mais s’appesantit longuement sur la défaite des Bleus et le début du Tour de France.

Je ne peux m'empêcher de souligner le fait que les ministres de l'Education Nationale se succèdent et, quand ils s'interrogent sur les problèmes de l'école, estiment que la première urgence est de... changer les horaires des écoles. 

Tout va bien. Tout est normal. La France se porte on ne peut mieux.

Ce soir, je pense à cette jeune femme assassinée. Je pense à ses filles et son époux. Je pense à ses parents et ses proches. Je pense à ses collègues. Je pense à ses élèves, de jeunes enfants innocents qui ont vu l'agression. Je pense à la petite fille de la meurtrière et à sa famille. Je pense à toutes ces personnes traumatisées, à ce vide immense que va laisser dans leur coeur le décès brutal de leur mère / épouse / fille / soeur / tante / amie / collègue / enseignante, à la peur qui va s'insinuer en eux, à l'incompréhension, à la colère aussi. 

Je pense aussi à mon propre rôle d'enseignante. J'ai lu très récemment cette citation de L. R. Knost :  "En tant que parents, ce n'est pas notre boulot d'endurcir nos enfants pour vivre dans ce monde cruel et insensible. C'est notre boulot d'élever des enfants qui rendront ce monde un peu moins cruel et insensible." (lu ici : Projet <3 Famille en harmonie ) Je crois qu'il est temps que nous tous, enseignants comme parents, prenions cette citation comme un mot d'ordre dans nos classes et dans nos familles, afin que, petit à petit, le monde devienne moins impitoyable, et qu'au lieu de pondre de belles paroles sur le rythme des  enfants, de laisser sans aide et sans surveillance des personnes dangereuses, et de faire toute une histoire de choses pas vraiment importantes, nous prenions pleine considération de l'être humain, que nous ayons tous aux tripes le seul souci vraiment important, le bien-être de chaque personne et que nous agissions réellement dans cette optique - et non pas en faisant semblant ! 

Toutes mes pensées vont vers la famille, les proches, et les élèves de Fabienne Terral-Calmès.

1 commentaire:

  1. Bravo pour cet hommage particulièrement sensible. Je suis à 200% d'accord avec toi. Une grosse pensée pour l'entourage de cet enseignante... et pour ces enfants qui resteront certainement traumatisés à vie.

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