mercredi 30 juillet 2014

Demain est un autre jour, de Lori Nelson Spielman

Peu de temps après la mort de sa mère, Brett se trouve dans le bureau du notaire pour s'entendre dire qu'elle ne touchera son héritage que dans un an, si toutefois elle a atteint certains objectifs d'ici là. Et ces objectifs, ce sont tout simplement ceux qu'elle avait listés à 14 ans, quand elle avait la vie devant elle. Elle réagit d'abord violemment à cette annonce qu'elle ne parvient pas à décrypter. Pourquoi sa mère, dont elle était si proche, lui ferait ça ? C'est en colère et déçue qu'elle part de chez le notaire. Les circonstances vont pourtant la pousser à remplir son premier objectif, puis, peu à peu, mettre en danger son quotidien bien huilé pour eller, finalement, vers le genre de vie dont elle avait rêvé avant de s'enfermer dans la platitude confortable qu'elle s'est façonnée. Elle ira de rencontre en rencontre, sentira toujours auprès d'elle le soutien de sa mère, pour aller vers ses objectifs, et, finalement, vers sa vie.

Ce roman n'a rien de révolutionnaire, mais il est gai et coloré, facile à lire, et l'on aime suivre avec Brett les différentes marches de son chemin vers le bonheur. Sans être un ouvrage philosophique, il invite toutefois à s'interroger sur nos propres rêves et ce que l'on en a fait. J'ai aimé la simplicité de l'écriture, la vraisemblance - globalement - de ce qui advient et, surtout, la façon dont l'auteur brouille les pistes, de façon à ce que tout ne soit pas convenu dès le début. J'ai apprécié aussi de lire que la vie de joie vers laquelle se dirige Brett n'est pas une vie standardisée, pleine d'argent et de luxe, ni d'une originalité délirante, mais bien vers celle qui lui correspond, à elle, et qui fera son bonheur. Une lecture rafraîchissante !

mardi 29 juillet 2014

Les souvenirs, de David Foenkinos

Dans un récit entrecoupé de souvenirs des différents protagonistes de l'histoire - dont certains n'y font qu'une très brève apparition, David Foenkinos nous expose ici avec pudeur et humour les moments-clés de la vie d'un jeune homme maladroit, mal dans sa vie, plein de rêves, mais qui ne croit pas assez en lui pour les réaliser. 

Avec cette jolie plume toute en simplicité qui le caractérise, David Foenkinos nous donne à voir les errements de ce jeune homme, et toutes les pensées qui l'accompagnent, qui font de lui cet être si attachant, parce que si semblable à chacun de nous, au fond. De son attachement touchant à ses grand-parents, à l'étrangeté du couple formé par ses parents, en passant par sa propre vie de couple, nous traversons ce roman et la vie de ce jeune homme au rythme de son introspection à laquelle il nous convie, et nous fait prendre part pleinement par le ton employé et, entre autres, toutes ces notes de bas de pages qui semblent nous être directement destinées. 

Ce n'est que le deuxième roman que je lis de lui, mais il me semble déjà déceler comme une marque de fabrique le fait de construire ses romans de façon à ce que la conclusion permette inéluctablement de "boucler la boucle". 

On referme ce roman touché par sa simplicité, sa proximité avec notre propre vécu ou nos propres façons de penser parfois, emportés par la générosité de ce jeune homme et convaincus que le don le plus précieux que l'on puisse faire aux personnes que l'on aime est tout simplement le temps et l'importance qu'on leur accorde... et les souvenirs que l'on se construit avec eux.

A éviter comme toujours : lire la quatrième de couverture (de l'édition de poche) qui reprend un passage situé dans les dernières pages du livre et ne reflète absolument pas ce que l'on trouve en plongeant dans ce roman...

lundi 28 juillet 2014

L'homme qui marchait sur la lune, de Howard McCord

Dans ce roman stupéfiant, nous suivons William Gasper au coeur d'une montagne dont il semble connaître les moindres anfractuosités. Dès le début, il nous intrigue par sa personnalité singulière, qui se dévoilera au fil de ce long monologue. 

Personnage bien étrange que ce William Gasper qui, au fur et à mesure de son avancée, se révèle tour à tour héros ou abject sans-coeur, mais tout ce qu'il fait est sous-tendu par une réflexion dont il nous livre tous les méandres sans détour et qui n'appartient qu'à lui. A moins que, dans ses divagations teintées parfois de poésie, parfois de cruelle lucidité, il ne nous ressemble finalement un petit peu ? Ne reflète-t-il pas, quelque part, les errances de l'esprit humain et ses côtés sombres parfois bien enfouis tout au fond ? Son espèce de paranoïa qui confine parfois à la folie n'est pas sans rappeler nos propres questionnements sur l'Autre, poussés dans notre cas, évidemment - et heureusement - à un moindre degré. Il devient, pour moi, un symbole vivant de l'ambivalence humaine, de cette incapacité à être totalement bon ou totalement mauvais, de ces lubies que l'on a parfois et qui nous poussent à commettre des actes dont la logique ne tient parfois qu'à une simple interprétation de notre part des intentions de l'autre à notre égard. 

Comme toujours, je déconseille vivement la lecture de la quatrième de couverture qui en dit beaucoup trop, notamment sur l'identité de cet homme, qu'il est vraiment dommage de ne pas découvrir sous son éclairage à lui. 

Voilà un roman qui me laisse perplexe, mais pleine de réflexions sur la nature de l'homme.

dimanche 27 juillet 2014

Transcendance, de Wally Pfister

Nous sommes dans un futur pas si lointain, où les scientifiques ont réussi à injecter, dans une machine, une conscience animale. De l'animal à l'homme, il n'y a qu'un pas, qui est franchi dans ce film. Et ce n'est rien de moins que la conscience d'un des scientifiques ayant activement travaillé sur ce projet, récemment décédé, qui est installée dans un ordinateur. De là commence un débat : que reste-t-il vraiment de lui dans cette machine ? Même si le cerveau de l'être humain est constitué de signaux électriques, peut-on considérer cet ordinateur doté de sa mémoire et de sa conscience comme un autre lui ?
Ce film a été descendu par la critique, des professionnels comme des particuliers. Je crois qu'en tant que film de science fiction, une grande attente était portée sur les effets spéciaux, certes pas spécialement remarquables. Et pour ceux qui attendaient un blockbuster, c'est raté. Pas (trop) d'explosions ou de cascades en tout genre. Si l'on va voir ce film pour ça, on s'ennuie. Pour moi qui n'aime pas beaucoup les films américains à gros budget où ça pétarade de partout et où l'on finit sur une morale mièvre avec un nouveau couple à la clé que l'on a vu venir dès le début du film, c'était plutôt une bonne nouvelle. Car, si l'action n'est pas délirante, en revanche, la réflexion est là d'un bout à l'autre de l'histoire. 

Certains diront que c'est du déjà-vu, l'humain contre la machine. Pour moi, le film apporte pourtant un éclairage nouveau car il ne s'agit plus là de deux clans clairement définis : d'un côté l'humain, de l'autre la machine. Nous avons là l'humain dans la machine, où nous ne savons plus très bien quelle est la part d'humanité et celle d'artificiel. Nous avons, non pas la machine qui prend le contrôle de l'humanité, mais un humain qui, avec les capacités d'une machine (ou bien l'inverse), tente d'apporter le bien sur Terre. Nous avons en face de lui ceux qui trouvent ça formidable et ceux qui en ont peur et cherchent à le détruire. Nous avons une machine capable de progrès extraordinaires en termes de santé - médicale et environnementale - mais pour laquelle nous passons notre temps à nous demander quelle est sa part d'humanité qui souhaite réellement le bien des humains, et quelle est sa part d'artificiel qui souhaite supplanter les hommes pour les contrôler. 
J'ai lu çà et là des comparaisons avec Terminator ou autres films du genre. Pour ma part, je trouve que ça n'a rien à voir ; la réflexion engagée là est un cran - voire dix ! - au-dessus. Quant à ceux qui estiment que 2001 Odyssée de l'Espace était nettement supérieur, j'ai envie de répondre que 2001 était probablement formidable, mais malheureusement pas à la portée de tout un chacun, et moi-même, je me souviens avoir été loin de tout comprendre - tant au niveau de ce qui s'y passait concrètement que des messages transmis. Ce film-ci a au moins le mérite d'être à la portée de n'importe qui, et on n'a pas besoin de faire partie d'une élite pour comprendre au moins l'action, même si l'on ne voit pas tous les mêmes éléments de réflexion sous-jacente.
 
Le fait que les clans ne soient pas imperméables rend le film encore plus humain et aucunement manichéen. Au contraire, on passe le film à se demander où est le bien, où est le mal. On comprend complètement ceux qui combattent la technologie semi-humaine, et en même temps on se demande s'ils ne sont pas en train de détruire une sacrée avancée. On se rend compte également de la dépendance que nous avons développée face aux machines qui font entièrement partie de nos vies, et de la difficulté que l'on aurait à vivre sans aujourd'hui. Que ce combat que mènent ces rebelles, il faudrait peut-être le mener avant qu'il ne soit trop tard... Ou bien accepter dès aujourd'hui que les machines font partie de notre évolution, et en accepter les conséquences sur nos vies. L'ordinateur à conscience humaine suscite tantôt notre enthousiasme, tantôt notre méfiance, parfois il nous fait peur et parfois on se rend compte à quel point ce qu'il fait est bon pour l'humanité. Les hommes qu'il soigne, il les relie aussi à son réseau afin, dit-il, que tous soient reliés dans une grande conscience commune. Ceux qui y sont reliés ont besoin de leur source ; ceux qui ne le sont pas, soit viennent s'y raccorder, soit le combattent. La question reste posée jusqu'au bout du film : cet ordinateur à conscience humaine était-il bon ou mauvais ? Ses bonnes intentions étaient-elles sincères ? Y avait-il une réelle humanité en lui ? Chacun y répond en son âme et conscience, certains ont une réponse qui leur est évidente, dans un sens ou dans l'autre, et d'autres naviguent entre les deux sans trop savoir. Et cela nous renvoie à notre condition humaine faite de doutes et de questionnements sans fin. 
A ce stade de ma réflexion, j'ai même envie de pousser un peu plus loin et de voir dans ce film un parallèle qui me paraît évident avec une histoire vieille de plus de 2000 ans. N'y a-t-il pas eu un homme, à cette époque, qui s'est mis à guérir les hommes miraculeusement ? N'y a-t-il pas eu ceux qui le suivaient et ceux à qui il faisait peur ? N'est-il pas dit que nous ne faisons qu'un dans son corps, que nous appartenons tous à un seul corps et un seul esprit ? N'y a-t-il pas certains de ses disciples qui ont douté ? N'y en a-t-il pas un qui s'est excusé d'avoir douté ? N'a-t-il pas été trahi par l'un des siens ? N'a-t-il pas été détruit par ceux à qui il faisait peur ? N'est-il pas ressuscité ? Et ne restait-il pas alors quelques personnes pour croire en lui ? Je crois que, dans un film, rien n'est laissé au hasard. Je n'ai jamais assisté à un tournage, mais il me semble que chaque petit détail, notamment dans les costumes et les accessoires, est pensé et trouve sa place de façon logique. Est-ce donc un hasard si l'un des personnages principaux du film arbore ostensiblement une petite croix chrétienne autour du cou ? Et si c'est lui qui, à la fin, est témoin d'une sorte de résurrection symbole d'espoir dans ce monde exsangue laissé après la fin de cet être mi-humain, mi-artificiel ? Permettez-moi d'en douter.
En conclusion, l'on y voit le message que l'on souhaite y voir, et peut-être mes extrapolations sont-elles complètement à côté de la plaque. Toujours est-il que j'ai trouvé ce film très intéressant par les interrogations qu'il pose - ne serait-ce que sur le clivage homme / machine si l'on ne souhaite pas aller aussi loin que ce dont je parle juste au-dessus - et j'ai beaucoup apprécié qu'il ne soit pas gâché par des effets spéciaux ou une histoire mièvre entre les personnages, ce qui en aurait occulté une grande partie de l'intérêt. Allez le voir, dites-moi ce que vous, vous y avez vu, et ce que vous en avez pensé !

lundi 14 juillet 2014

Des promesses, toujours des promesses...

C'est au plein coeur d'un repas convivial et joyeux entre amis que j'ai eu à subir une déception intense. Et pourtant, tout avait bien commencé... 

En cette journée d'été pluvieuse, nous nous rendions de belle humeur chez des amis pour nous retrouver autour d'un barbecue. Les festivités ont commencé dès notre arrivée. Dans un cadre bucolique adorable, un intérieur tout en douceur qui faisait oublier les larmes qui coulaient au-dehors, entourés d'amis charmants qui, par leur simple présence, comblent leurs hôtes de joie, et d'autres convives tout aussi espiègles et drôles, nous avons partagé quelques verres de bulles, auxquels ont succédé d'autres coupes sans bulles mais non moins pétillantes, le tout assorti de quelques petits feuilletés et autres joyeusetés croustillantes. C'est les joues rouges et la démarche vacillante que nous avons ensuite pris place autour d'une table joliment décorée, et que nous avons entamé le repas.

Les hommes s'étant occupé des grillades après les premiers verres, les saucisses arrivent sur la table quelque peu carbonisées, mais qu'importe ! L'ambiance est joyeuse, les invités ravis, et ce ne sont pas quelques saucisses ébène qui vont assombrir notre humeur. Nous choisissons les moins altérées, et dégustons surtout la joie d'être ensemble. Les légumes arrivent également, en bien meilleur état car ils ont cuit en papillotes, ce qui nous permet de manger un peu de vert au milieu de tout ce noir.

Et c'est à ce moment qu'arrive cet abîme de détresse, cette frustration ahurissante qui nous frappe au moment où l'on s'y attendait le moins... Car ce qui arrive à cet instant sur la table est loin, bien loin de ce que l'on avait pu imaginer ! La déception est de taille, et encore : nous n'y avons pas encore goûté ; après avoir osé en porter à notre bouche, ce sera pire encore ! 

Car enfin, voilà : on nous avait promis un camembert à la braise. Je suis sûre que vous avez déjà goûté un tel délice bien franchouillard, et si ce n'est pas le cas, faites-le au plus vite, car cela manque assurément à la construction de votre personne ! Plié dans un alu et déposé dans les cendres incandescentes, qu'il soit cuit seul ou bien accompagné de miel, de pommes et de romarin, quand il arrive sur la table et que l'on ouvre son habit argenté, il nous fait saliver rien qu'à le regarder... la crème a coulé, les odeurs s'élèvent et, déjà, on l'imagine sur nos papilles. Lorsque la cuiller, unique ustensile capable d'en prélever un appétissant échantillon, pénètre dans la matière crémeuse, le battement de notre cœur augmente imperceptiblement et l'on se prend à se lécher les babines. Dans un élan presque animal, nous tartinons allègrement notre morceau de baguette fraîche de ce mets subtil, et l'engouffrons précipitamment, nous délectant ensuite du prodigieux plaisir procuré par ce mélange de brutalité et de douceur !

http://cooking-consulting.over-blog.com/article-camembert-au-bbq-118518117.html

C'est avec ces images en tête et l'eau déjà à la bouche que nous avons vu arriver sur notre table ce petit paquet d'aluminium plein de promesses. C'est avec une joie délectable que nous avons observé, le temps s'arrêtant, le silence se faisant, les mains de notre hôte ouvrir l'emballage brillant. Et c'est avec stupeur et haut-le-cœur que nous avons découvert, horrifiés, que ce n'était pas un camembert qui avait cuit dans cet écrin ! Non ! De l'Epoisses, voilà ce qui avait chauffé et coulé dans notre petite papillote ! Les coupables de ce méfait, ravis, nous apprennent qu'il n'y avait plus de Camembert, et qu'ils se sont imaginé que l'Epoisses le remplacerait avantageusement.

Comment dire... Avez-vous déjà goûté l'Epoisses crûe ? C'est un fromage assez brutal, trop fort et relevé pour mes papilles délicates. Alors passé à la braise, même camouflé sous du romarin du jardin, il ne fait clairement pas le poids face à un bon Camembert au lait cru ! De dépit, nous avons tout de même goûté l'affront déposé sur la table et avons poliment expliqué que non, non, cela n'était pas vraiment à notre goût. Mais la vérité toute crûe, c'est qu'un morceau d'Epoisses n'a absolument pas sa place dans un barbecue digne de ce nom ! Quelle idée, lorsque l'on a promis mille délicieuses merveilles, d'offrir un substitut qui ne tient pas la route et fait frissonner d'horreur ! Pétrifiés devant cet épouvantable spectacle dont l'odeur n'avait d'égale que le goût âcre et persistant, nous avons hésité un instant entre rester là à agoniser en silence, et partir à grands bruits, décriant cette famille où l'on ne tient pas ses promesses ! 

Nous avons choisi la paix. Ce qui valait mieux, parce qu'outre notre hôte, le second coupable de cette honteuse affliction n'était autre que mon propre mari... 

Après nous être remis de cette odieuse offense à notre intégrité gustative, l'après-midi a pu reprendre son cours, et la joie revenir dans ce joli foyer. La douceur a peu à peu repris ses droits, et a fini de nous envahir avec les gâteaux préparés ce jour par un quasi-pâtissier (presque) parfait !

Est-il utile de préciser ici que les émotions ressenties à l'apparition de l'injurieuse Epoisses ont été volontairement décuplées dans ce texte, afin de s'amuser d'une situation somme toute pas si affreuse que ça ? Non, inutile de le préciser, vous aviez tous compris... ^^

dimanche 6 juillet 2014

Il paraît que la première urgence à l'école, ce sont les rythmes scolaires...

Vendredi 4 juillet. Date tant attendue par des milliers d'enfants, mais aussi d'enseignants.
Car, soyons honnêtes, nous avons beau aimer notre métier, nous y mettons tant d'énergie que nous arrivons en fin d'année scolaire échevelés et fourbus, et c'est dans un sourire mi-nostalgique, mi-esquinté que nous souhaitons à nos élèves de passer de bonnes vacances. Et quand se ferme la porte de l'école sur le dernier élève, nous nous sentons tout à la fois ravis, fatigués, et un peu mélancoliques quand même. Puis on pense à nos enfants, à nos familles, et on se sent soulagés de savoir que, pendant quelques semaines, ce métier certes passionnant, mais qui empiète singulièrement sur notre temps privé, ne va plus nous couper des nôtres. Nous allons enfin pouvoir profiter un peu du temps que nous allons avoir avec nos proches.

Ce matin-là, comme tous les autres matins, une enseignante a dû dire "à ce soir" à ses enfants, deux petites filles en bas âge. Elle a dû, aussi, se réjouir de ce dernier jour d'école, se dire qu'elle allait enfin pouvoir souffler. Plus qu'une journée et je ne pense plus qu'à mes enfants, au lieu d'avoir toujours les enfants des autres dans un coin de ma tête. 

Sauf que ses enfants ne la reverront jamais. Ce matin-là, ses enfants, sans le savoir, disaient au-revoir à leur maman pour la dernière fois. Elle ne reviendra plus. Elle n'aura pas eu le temps de se réjouir des vacances, elle ne soufflera pas, elle ne sera plus jamais à leurs côtés. Elle ne pouvait pas le savoir, mais ce dernier jour d'école de l'année scolaire allait en fait être son tout dernier jour d'école. Et il n'allait pas durer longtemps.

Ce matin-là, une maman d'élève est entrée, armée d'un couteau de cuisine, dans l'école maternelle où travaillait cette enseignante. Arrivée dans la classe, elle l'a poignardée pour des raisons obscures. Devant les enfants de la classe. Devant sa propre fille, qu'elle était en train d'amener à l'école. L'enseignante est décédée sur les lieux peu de temps après.




L'enquête a dit que cette femme meurtrière est atteinte de troubles psychologiques graves, et déjà connue des services de police pour des faits remontant notamment au mois de janvier 2014. Que faisait-elle seule, libre, sans aucune surveillance, alors que l'on connaissait sa dangerosité potentielle ? A cette question, personne ne répond.

Ce drame a eu lieu vendredi. Aujourd'hui, les informations consacrent à peine quelques minutes à ce drame qui a assommé la communauté enseignante, mais s’appesantit longuement sur la défaite des Bleus et le début du Tour de France.

Je ne peux m'empêcher de souligner le fait que les ministres de l'Education Nationale se succèdent et, quand ils s'interrogent sur les problèmes de l'école, estiment que la première urgence est de... changer les horaires des écoles. 

Tout va bien. Tout est normal. La France se porte on ne peut mieux.

Ce soir, je pense à cette jeune femme assassinée. Je pense à ses filles et son époux. Je pense à ses parents et ses proches. Je pense à ses collègues. Je pense à ses élèves, de jeunes enfants innocents qui ont vu l'agression. Je pense à la petite fille de la meurtrière et à sa famille. Je pense à toutes ces personnes traumatisées, à ce vide immense que va laisser dans leur coeur le décès brutal de leur mère / épouse / fille / soeur / tante / amie / collègue / enseignante, à la peur qui va s'insinuer en eux, à l'incompréhension, à la colère aussi. 

Je pense aussi à mon propre rôle d'enseignante. J'ai lu très récemment cette citation de L. R. Knost :  "En tant que parents, ce n'est pas notre boulot d'endurcir nos enfants pour vivre dans ce monde cruel et insensible. C'est notre boulot d'élever des enfants qui rendront ce monde un peu moins cruel et insensible." (lu ici : Projet <3 Famille en harmonie ) Je crois qu'il est temps que nous tous, enseignants comme parents, prenions cette citation comme un mot d'ordre dans nos classes et dans nos familles, afin que, petit à petit, le monde devienne moins impitoyable, et qu'au lieu de pondre de belles paroles sur le rythme des  enfants, de laisser sans aide et sans surveillance des personnes dangereuses, et de faire toute une histoire de choses pas vraiment importantes, nous prenions pleine considération de l'être humain, que nous ayons tous aux tripes le seul souci vraiment important, le bien-être de chaque personne et que nous agissions réellement dans cette optique - et non pas en faisant semblant ! 

Toutes mes pensées vont vers la famille, les proches, et les élèves de Fabienne Terral-Calmès.