dimanche 8 juin 2014

Le coeur léger !

NB : dans un souci d'anonymat, je parlerai uniquement de "mon partenaire" et de "ma prof" sans mentionner leurs patronymes...

Et voilà. C'est fini. Terminé. Ca me manque déjà. J'ai le cœur en vrac, ce soir, il a du mal à s'y retrouver entre toutes les émotions vécues ces derniers jours, puis aujourd'hui toute la journée, et enfin ce soir, un cumul d'émotions diverses et intenses, et maintenant que tout retombe, mon coeur est dérouté. 

Arrivée sur place, l'estomac noué, nous commençons par une rapide allemande. Puis nous avons quartier libre pendant trois quarts d'heure... Trois quarts d'heure !! Cela me semble bien une éternité ! On nous conseille d'aller manger, mais je suis incapable d'avaler quoi que ce soit. Mon partenaire, comme d'habitude sur la même longueur d'onde théâtrale que moi, me propose une petite répète de notre scène, et c'est parti ! Je ne me sens pas du tout dedans, aïe aïe aïe !! La première fois, je mets un temps délirant à réagir à ses répliques, alors, pour me rassurer, nous embrayons sur une deuxième fois, mais là, je lui coupe la moitié de ses phrases ! Au-secours !! Nous faisons aussi quelques italiennes, en attendant que le spectacle commence, mais là encore, je me fais peur, j'oublie la moitié de ce que je dois dire, et je n'ai plus qu'une envie, me sauver en courant ! 

A un moment, nous décidons d'arrêter les italiennes, on se rend bien compte que cela risque de nous faire peur plus qu'autre chose. Et le spectacle commence. C'est long, très long, avant que j'entre en scène. Pourtant, dès que le spectacle est lancé, je me sens déjà plus calme. Mais au fur et à mesure que les scènes se succèdent, je sens la pression qui remonte. Deux scènes avant la mienne, je commence à me mettre en condition. Je ferme les yeux, je me mets dans ma bulle, et je deviens mon personnage. Je passe en revue tout ce qui peut m'aider à me mettre dans sa peau : elle est malheureuse, séquestrée par un mari qui l'aime, mais qui la violente. Elle ne sort pas de chez elle, elle est triste, engourdie, alourdie par la vie statique qu'elle mène. Je fais monter tout ça en moi. Je suis concentrée. Ca va bientôt être à nous. La dernière scène avant la nôtre. Changement de décor. Ca y est, c'est à nous. Je m'installe sur ma chaise et laisse mon corps s'alourdir, ma tête aussi, et je m'égare, pour essayer de retranscrire l'air absent que doit afficher cette femme. Et voilà, mon partenaire entre, me lance la première réplique, et c'est parti ! Je m'embrouille dans une de mes premières phrases, j'hésite, bafouille rapidement, finis par reprendre pied en inversant quelques mots, mais ce n'est pas grave, ce que je dis garde le même sens. Je me suis déconcentrée un peu, à cause de ça, et je m'oblige à revenir au moment présent, à la scène que nous jouons. Je ne peux pas laisser notre jeu pâtir de cette petite bévue. Le ton commence à monter, je me sens dans le jeu, complètement. Ca y est, je suis mon personnage. Mon partenaire est à fond dans son personnage, lui aussi, et l'intensité est extrême. Tout se passe très vite. Nous frôlons l'accident, à un moment, où je manque de tomber en arrière en même temps que ma chaise, mais finalement, mes réflexes sont là et tout se rattrape d'un seul coup, comme si c'était un simple détail réglé depuis longtemps ! Nous ne nous laissons pas décontenancer et terminons notre scène essoufflés mais ravis. Je dois ensuite rester sur scène, prostrée, pendant toute la scène suivante, et je suis frustrée de ne pas pouvoir partager tout de suite ce moment avec mon partenaire, tant je suis heureuse de ce que nous venons de faire. Je crois que c'était la plus belle de toutes celles que nous avons faites !

Nous avons commencé à lire la scène il y a quelques mois de cela. Au début, une simple lecture, puis une amorce de mise en scène, texte en main. Petit à petit, après explications de textes, analyse des personnages, un début de scène voit le jour. Au mois de mars, nous arrivons tous les deux sans savoir notre texte, et nous nous faisons un peu remonter les bretelles. Alors, tous les deux, côte à côte, nous apprenons notre texte en une seule séance, pendant que les autres passent. Au bout de quelques dizaines de minutes, on sort de la salle pour se dire nos répliques, et nous sommes sacrément fiers de l'avoir ingurgité et retenu aussi vite. Alors, ce soir-là, nous passons pour la première fois sans texte en main, et c'est là que tout commence à prendre forme. Par la suite, nous serons toujours en concordance, les fois où l'un des deux n'a pas révisé son texte, l'autre non plus ; les soirs où l'un est en super forme, l'autre aussi, et inversement. La scène, pendant plusieurs semaines, reste au statut quo, n'avance plus beaucoup, et nous sommes tous les deux autant en demande l'un que l'autre d'indications pour nous aider à faire évoluer cette scène vers quelque chose de plus subtil, de plus nuancé, et de plus beau. Ces indications finissent par venir. Un soir, nous décollons, puis, la semaine suivante, nous nous écrasons vaguement, car en voulant intégrer les dernières remarques, nous en avons oublié de garder tout ce que nous faisions précédemment. Mais ce semi-échec nous donnera un coup de fouet, et la semaine suivante, notre scène prend définitivement son envol vers ce que nous peaufinerons dans les semaines à venir. Ce soir-là, la prof ne nous dit rien, elle se lève, nous ouvre ses bras, et nous serre dans ses bras, le plus beau compliment qu'il m'ait été donné de recevoir au théâtre ! Les semaines se suivent, la scène connaît des hauts et des bas, mais nous sommes confiants, car même les "bas" ne sont pas mauvais. On s'entraîne l'un l'autre, toujours sur la même longueur d'ondes, et la magie opère. La dernière répète est magnifique, nous sommes vraiment contents de ce que nous avons fait ; mais pour ma part, j'ai une réaction ambivalente : je pense qu'avec le trac en plus, notre scène, à cette intensité-là, sera très belle, mais j'ai une peur irraisonnée de ne pas réussir à me donner autant que ce soir-là. 

La dernière semaine avant la répétition a été la plus longue. Le trac s'est invité chez moi, et a dû s'y plaire car il y a pris ses aises (***clic***)... Mais une chose revenait toujours : mon partenaire est excellent, tout ne peut que bien se passer ; et une évidence m'est venue en tête à ce moment-là : c'est le meilleur partenaire que j'aie eu au théâtre ! Jamais je n'avais eu de partenaire qui me correspondait si bien, nous nous sommes bien entendus sur tous les plans, nous avons évolué ensemble, et avons travaillé main dans la main pour faire de notre scène ce qu'elle a été ! C'était une grande joie de travailler ainsi ! Si jamais tu me lis, je te l'ai déjà dit en coulisses, mais MERCI à toi pour tout ça !! Et merci à notre prof de nous avoir confié une scène aussi belle, et de nous avoir guidés avec bienveillance pour que nous parvenions à en faire cette merveille !

Voilà. La scène est terminée, je reste prostrée pendant toute la scène suivante, et je suis contente d'avoir le visage caché par mes cheveux, car cela me permet de sourire, je suis tellement satisfaite de ce qu'on vient de faire ! La scène était à la hauteur de celle de la dernière répète, et même meilleure encore. On ne l'avait jamais faite aussi bien, je suis aux anges ! Enfin, la scène suivante se termine, et je peux sauter de ma chaise pour aller remercier mon partenaire qui m'attend en coulisses ! Nous sommes heureux, et soulagés, aussi. 

Quelques dizaines de minutes plus tard, nous saluons et venons nous enivrer de la joie de recevoir tous ces applaudissements. Les commentaires, à la sortie, sont tous élogieux. Quelle joie ! Je suis sur un petit nuage, tout va bien. Je préfère ne pas penser à demain, quand tout sera retombé. Pour l'instant, je profite. La vie est belle !

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