jeudi 1 mai 2014

Le cow boy gentil avec un drôle d'accent... Barcella, 28 avril 2014 au Pan Piper

http://www.barcella.fr/
Début février, on achète les billets et on soupire en pensant qu'avril, c'est déjà bien loin, mais alors FIN avril, n'en parlons même pas ! On a juste l'impression qu'on n'y arrivera jamais ! Et puis un jour, on se réveille et on se remémore le concert vécu la veille, et on croit rêver en se rendant compte que c'est déjà passé ! Alors, on se prend à méditer sur l'élasticité du temps, concept qui tend à faire penser qu'une soirée de concert se déroule dans un espace-temps qui lui est propre, où les minutes juste avant le concert s'égrainent à une lenteur consternante, alors que celles pendant le concert s'envolent à peine écloses... 

Heureusement, ce soir, l'attente dehors est ponctuée de joyeux moments, et nous amorçons déjà notre cure de jouvence lorsque nous apercevons Barcella à travers les vitres, qui nous fait de grands sourires et vient même, à un moment, nous encourager à nous échauffer pour être prêts pour le concert. Nous trouvons la plaisanterie charmante, rions de bon cœur, mais nous nous apercevrons plus tard que ce n'était pas une blague ! On aurait dû s'échauffer ! Les concerts de Barcella, c'est sportif ! Le seul artiste pour lequel il est recommandé de faire des étirements à la fin !

Enfin arrive le moment tant attendu, l'ouverture des portes. Avec joie, nous arrivons à atteindre le premier rang ! Passent une première partie - que j'adore (Brothers, on en parle ICI sur le blog), puis une deuxième première partie déconcertante (Dimoné, on en parle ICI), et enfin arrive Barcella ! Contrairement aux deux précédents concerts auxquels j'ai assisté, celui-ci se passe debout, ce qui est une vraie délivrance pour moi : s'affranchir de ces fâcheux fauteuils, qui, à mon avis, n'ont aucune raison d'être à un concert de Barcella pour une personne en bonne santé, est une question de bon sens ! Et comme d'habitude, ce concert de Babar est un enchantement d'un bout à l'autre !

http://www.barcella.fr/Il débarque sur scène tout en légèreté, comme monté sur des ressorts à coussins d'air. Le public s'enflamme immédiatement, il faut dire que les préliminaires furent longs, Barcella sait se faire désirer ! Il apparaît cette fois encore dans un accoutrement qui, sur n'importe quel autre humain, serait ridicule, mais qui reflète tellement la poésie et la fantaisie de cette belle âme, que sur lui, c'est juste d'un onirisme fantasque en telle harmonie avec ce qu'il dégage que personne ne songe seulement à émettre des doutes sur cette façon de se vêtir. Quant à sa barbe, qu'il porte touffue, elle ne fait que rajouter à son excentricité et à la douceur de ses traits. 

Sa voix si caractéristique, au timbre peu commun, et à l'accent rémois si particulier qui ouvre tous les sons et amplifie cette sensation d'avoir à faire à une personne gentille, cette voix emplit la salle et s'infiltre directement dans nos cœurs, nous apaisant, comme une dose de bonne humeur en intraveineuse. Ses chansons s'enchaînent, celles du dernier album et des plus anciennes, et le charme opère. Cet homme est magnétique. Les hommes comme les femmes, les enfants comme les vieux et les moins vieux, tout le monde est fasciné par ce personnage unique dont, quoi qu'il fasse, émanent gentillesse et affabilité. Il a comme une aura qui nous enveloppe de douceur. Il porte en lui ce je ne sais quoi qui attire irrésistiblement les regards et les coeurs. 

Ses musiciens lui ressemblent, tous portent la gentillesse sur leur visage, c'est une joyeuse équipe de belles personnes. Thomas Nguyen, le pianiste au bérêt, Marcel Ebbers, le contrebassiste aux lunettes de soleil, Mathias Neiss, le batteur de jazz qui porte dans son regard toute la bonté du monde, et Julien Gaujon, le guitariste-trompettiste élégant, toujours très classe, tout de noir vêtu, avec chaussures et cravate blanches, et son borsalino vissé sur la tête. Tous sont ravis d'être là, ça se voit, ça se sent ; voilà une joyeuse bande de complices qui s'éclatent et qui contribuent à cette avalanche de joie qui nous ensevelit tout entiers.

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Barcella, lui, s'amuse, virevolte, entraîne son corps dans des mouvements improbables qui n'appartiennent qu'à lui et m'amènent parfois à me demander s'il ne serait pas un peu mutant, dans le genre invertébré, tant ses déhanchements et contorsions se font tout en souplesse et en facilité. 

Son charmant vieux tabouret d'école l'accompagne cette fois encore, et il ne lui sert pas qu'à s'asseoir, c'est un compagnon de scène à lui tout seul. Il grimpe dessus, s'en sert de tremplin ou de marche pour monter sur les décors. C'est un acrobate, notre Babar, et c'est avec un délice amusé qu'on assiste à sa façon dynamique, légère et spontanée d'évoluer sur scène, dans une chorégraphie qui n'a rien de figé, mais qui est simplement l'effet de la musique sur son corps. Mais c'est également l'accessoire qui sert la générosité de Barcella : il l'emporte avec lui, descend de scène avec et va se planter au beau milieu de la fosse pour que, même les gens qui sont derrière puissent profiter de sa proximité. C'est un des aspects récurrents de ses spectacles : Barcella aime faire plaisir, alors il reste proche de tous et cherche à apporter de la joie par tous les moyens. Quand il voit un appareil photo, loin de s'offusquer, il le prend en main et se filme, filme la scène, les musiciens, le public, puis rend l'appareil à son propriétaire ravi !

Le concert nous voit beaucoup les mains en l'air, comme toujours, car si Barcella aime donner de la joie, il aime qu'on lui offre en retour ce petit plaisir simple qu'il demande régulièrement lors de tous ses concerts : "est-ce que je peux voir toutes vos mains en l'air ?". Et on s'exécute sans hésiter, parce qu'avec tout ce qu'il nous donne de joie, on a juste envie de lui en rendre un peu, à hauteur de ce qu'on est aptes à lui offrir.

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Mais voilà notre troubadour mis à mal. Dans son désir de faire rire, il plaisante avec le petit garçon accoudé sur scène, lui interdisant, sur un ton faussement sévère, de garder ses coudes sur la scène. Puis il lui décoche son sourire si large qui nous séduit tous. Sauf que le petit garçon n'a pas compris que c'était une blague, il retire ses coudes et a l'air aux abois. Barcella s'en rend compte et lui explique en riant que c'était une plaisanterie, puis il continue de chanter. Toutefois, il s'inquiète vraiment de ce petit bonhomme qui finit par libérer les larmes qu'il a difficilement contenues, et Barcella est sincèrement ennuyé d'avoir déclenché ce flot d'émotions tristes, lui dont le but dans la vie doit être d'apporter du bonheur et du soleil dans nos vies ! Il jettera alors des regards désolés et confus à la maman du petit, redira plusieurs fois à l'enfant que c'était juste une blague et lui enverra des sourires et des clins d'oeil jusqu'à être sûr que ça va mieux. Parce que, sous ses airs d'extra-terrestre, Barcella est humain. Un humain rare, précieux, doté d'une joie de vivre, d'une générosité et d'une gentillesse hors du commun.

Le Barcella est taquin, il s'éclate et ne nous laisse pas à l'écart, il nous vanne, nous oblige à une gymnastique à laquelle nous nous soumettons bien volontiers, bien qu'on le regrette amèrement quand on se retrouve mi-pliés en deux, les cuisses qui brûlent, révélant des muscles dont on ignorait l'existence jusque là, mais souriant (jaune) quand même parce qu'il peut nous faire faire ce qu'il veut, Barcella, on ne peut pas lui en vouloir, c'est presque un gourou que l'on suit aveuglément !

http://www.barcella.fr/Et sur scène, ses chansons prennent vie de façon complètement insolite. Le CD est chouette, il nous a plu, on l'a déjà écouté en boucle et on connaît certaines chansons par cœur. Et pourtant, à chaque fois c'est une redécouverte, les chansons prennent une toute autre teinte quand on le voit chanter à quelques mètres de nous et que l'on reçoit de plein fouet toutes les émotions qui ont forcément été amenuisées par le filtre de l'enregistrement sur le CD. Ici, les chansons vivent, on se prend à avoir les larmes aux yeux sur certaines, et à rire sur d'autres auxquelles on est déjà habitués. C'est notamment le cas de la chanson "Le Suicide", qui nous a amusés sur CD, mais qui prend vraiment tout son sens, et toute son ampleur, par le complet décalage entre ce petit zébulon aérien et extravagant qui transpire la joie de vivre par tous les pores de sa peau, et ce qu'il chante ! Un vrai régal !

Pendant le concert, une jeune femme profite d'un interstice pour réclamer la chanson Queue de Poisson. Barcella lui dit gentiment que ce n'est pas prévu. Mais la demoiselle est têtue. Elle la demande à nouveau quelques minutes plus tard. Puis encore. Et encore. Et encore. Las, Barcella, sans se départir de son sourire, mais laissant de côté toute idée de tact, lui fait comprendre qu'il la trouve pénible. Mais, fi ! L'effrontée continue. Barcella poursuit son spectacle sans s'offusquer, et, à la fin, contre toute attente, il offre, grand seigneur, sa chanson à la jeune femme. Et c'est alors que survient un moment surréaliste. La péronnelle, toute confiante, arrive devant la scène, dansant et tâchant de prendre des poses lascives, sûre du charme qu'elle exerce. 
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Barcella, bonne âme, l'invite à le rejoindre sur scène, et là, elle semble se sentir au sommet de sa gloire. Elle se trémousse, prend des expressions inconvenantes, se frotte à Barcella qui la repousse gentiment tout en continuant de chanter sans se laisser déconcentrer. Il finit par descendre de scène et l'encourage à poursuivre sa malheureuse parade nuptiale, ce qu'elle fait sans aucun embarras, devant un public circonspect. Barcella la rejoint alors pour nous offrir un sketch incroyable, qui n'a probablement pas été prémédité et qui prend vie peu à peu sous nos regards médusés, les réactions oscillant entre la grinçante moquerie et l'amusement gêné, moment dont la subtilité échappe probablement à la demoiselle, mais dont nous ne pouvons que nous délecter bien malgré nous. Abasourdis, nous assistons à une représentation improvisée de la chanson qu'il continue de chanter, et ils deviennent pour nous - et bien malgré elle - les personnages de la chanson ! *** Pour ceux qui ne la connaissent pas, je vous invite vivement à l'écouter pour vous rendre compte ! *** Certains jubilent, d'autres se lancent des regards gênés. Voilà cette importune prise à son propre piège, et qui continue pourtant son show, manifestement persuadée de son pouvoir de séduction. Barcella, à la fin de la chanson, la serre dans ses bras comme pour s'excuser de ce qui vient de se passer. 

C'est sur cette queue de poisson inattendue que se termine ce concert époustouflant.

Il y a eu, bien sûr, un après-concert, où Barcella et son aura de gentillesse nous ont rempli de douceur et de joie pour toute la semaine et plus encore. Il est charmant, il prend le temps de discuter, ne montre aucun signe d'impatience, il est juste adorable. Une très belle personne. 

Nous avons l'occasion, aussi, de parler à chacun de ses musiciens, tous aussi patients, aimables et généreux les uns que les autres.

Barcella chante une chanson qui parle de... viande... et qui, dit-il, "devrait être remboursée par la Sécurité Sociale" : mais ce sont ses concerts tout entiers qui devraient être remboursés par la Sécu ! Barcella et ses musiciens : voilà 5 personnes qui font vraiment du bien ! A suivre, assurément ! Pour ma part, les places sont déjà prises pour le Trianon le 5 novembre prochain !


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2 commentaires:

  1. Super CR qui nous permet de revivre cette superbe soirée :-) Merci pour le clin d'oeil ! Je garde précieusement ton article et ne manquerai pas de le relire à Mathys dans quelques années...
    Les places pour le Trianon sont déjà prises ici aussi ;-)

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    1. Génial, Stéphanie !!!! :) On s'y retrouve, alors ! Rendez-vous au premier rang, les mains en l'air (et pas sur la scène ^^ ) ! :) :) :)

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