lundi 21 avril 2014

Shining, de Stephen King

Voilà un monument de la littérature fantastique. LE roman que je n'aurais jamais osé lire il y a quelques années. Je me souviens d'une amie qui dévorait tous les Stephen King qu'elle trouvait, elle était complètement emballée et m'en parlait d'une façon qui me faisait frémir, et qui a sans doute forgé en moi les résistances qui m'avaient empêchée de le lire jusque là. 

Parce que je ne suis pas une grande fan de fantastique. Pour tout dire, je suis plutôt du genre peureuse. Les phénomènes paranormaux me font frissonner et ont sur moi un effet surnaturel qui me pétrifie sur place, si bien qu'après chaque émission / lecture / discussion autour de ce sujet, j'ai l'impression que ma maison est hantée et je ne peux plus quitter une pièce sans avoir le sentiment qu'un fantôme malfaisant me suit de près pour me faire du mal ! Oui, je sais, je suis un peu névrosée sur les bords !!

Toujours est-il que je croyais ne jamais lire Shining. Jusqu'à ce jour d'automne où une amie m'en a parlé, avec un tel enthousiasme que, prise d'un élan de folie pure, j'ai acheté le livre... et me suis jetée dedans à corps perdu ! 

Enfin, à corps perdu, pas exactement. Au début, j'y suis même allée mollo ! Vu ce que j'imaginais y trouver de terreur et de nuits blanches, j'ai eu peur d'entrer trop vite dans le vif du sujet, peur de ne plus pouvoir dormir alors que je n'étais pas encore en vacances et que j'avais quand même besoin d'énergie pour faire face à mes petits trolls diurnes. 

Alors au début, tout doucement, deux pages par deux pages, j'ai avancé, prudemment, presque sur la pointe des pieds.

Et puis, voyant que j'en arrivais à 100 pages et que je n'avais pas encore eu une once de peur, j'ai accéléré. Les vacances arrivant, je me suis autorisée à dormir moins, pensant pouvoir me rattraper en grasses matinées.

Et... ce roman ne m'a finalement jamais empêchée de dormir.

 Tout y était, pourtant, pour que l'histoire soit parfaite. Entendez bien ! Nous voilà plongés dans un sombre hôtel que l'on nous annonce hanté, une petite famille en proie à des doutes, dont le fils lit dans les pensées et communique avec des mondes parallèles - c'est son don, le fameux "shining" - , une vieille chaudière capricieuse, des monceaux de neige tout autour qui empêchent quelque communication que ce soit avec l'extérieur, et le père de famille qui sombre peu à peu dans la folie. Tous les ingrédients y sont pour en faire un roman épatant ! 

Et pourtant, j'ai été déçue... 

Quelques moments forts dans ce roman, cependant. Mais racontés à toute vitesse (à moins que ce ne soit ma lecture qui se soit accélérée dans ces moments palpitants ?). Je me suis franchement ennuyée les 250 premières pages. Puis, quand a commencé le premier vrai événement, je m'y suis accrochée de toutes mes forces, me disant que c'était parti ! ... et en fait, non. Ce n'était pas parti. Tous les moments inquiétants étaient aussitôt relayés par des moments calmes (je n'ose dire "mornes"), comme si l'auteur voulait nous permettre de reprendre notre souffle. Sauf que moi, je n'avais envie de reprendre mon souffle qu'à la fin de l'histoire ! Et puis il y a un personnage vraiment oublié, dans l'histoire, je trouve, c'est l'hôtel lui-même. Il en vient à être personnifié, et devrait finalement devenir le personnage principal de l'histoire, mais il est, à mon sens, trop relégué, pas assez assumé en tant que personnage, que volonté surnaturelle et démoniaque.

Je crois que mes attentes étaient trop importantes. Je m'étais fait tout un monde de ce livre, et finalement, j'avais juste envie de dire "tout ça pour ça ?!". 



Forte de cette lecture, j'ai décidé de regarder le film. On m'avait dit - et j'ai lu nombre de critiques allant dans ce sens - qu'il était franchement décevant par rapport au livre. Mais comme je suis sans doute un peu maso, je voulais le voir. Je voulais savoir ce qu'ils en avaient fait en film. Un film de Stanley Kubrick, quand même ! Ce devait être quelque chose ! Et puis, comme tout le monde je crois, j'avais en tête le visage de Jack Nicholson forçant une porte, et illustrant parfaitement la folie, et rien que pour la performance de ce grand acteur, je voulais absolument voir le film !

Alors, j'ai compris les personnes qui estimaient que le film était décevant. C'est vrai que certaines scènes vraiment effrayantes dans le livre étaient retranscrites de façon assez plate dans le film - je pense notamment à la fameuse visite de Danny dans la chambre 217. C'est vrai que la folie du personnage joué par Jack Nicholson arrive d'un seul coup, sans prévenir, et que j'aurais préféré la sentir monter petit à petit, inquiétante, sombre, tapie au fond de lui et surgissant brusquement après avoir campé, insidieuse et menaçante. Certes. 

Et pourtant, je crois que j'ai préféré le film. A cause du parti pris. Dans le livre, on est laissés à notre propre interprétation, on navigue sans cesse entre le fantastique et le questionnement sur ce père qui sombre dans la folie, ou l'alcoolisme, et on ne sait plus vraiment se situer. Dans le film, il y a - selon moi, et cette interprétation n'engage que moi - le parti pris de faire sombrer le père dans la folie. On sait où on va. On ne peut que contempler, désarmés et impuissants, ce père devenir victime de lui-même et détruire sa famille de par sa folie. Non par les fantômes qui hantent, somme toute fort gentiment et cordialement cet hôtel, mais bien par sa propre folie. Dans le roman, le père sombre peu à peu, mais on ne sait pas vraiment dans quoi. Dans le paranormal ? Dans le piège de l'hôtel pour lui ? Dans le film, il vend son âme à l'hôtel et à ses hôtes surnaturels, mais il est clair que ces hôtes ne hantent que lui, ne sont que les reflets de son intérieur torturé.

Et, rendons à César ce qui appartient à César, Jack Nicholson y est tout simplement magistral.

En bref, je ne suis fan ni du livre, ni du film, mais j'ai aimé pouvoir comparer, et trouver du positif dans le livre grâce au film, et vice-versa.

Toutefois, j'ai été tellement déçue par Stephen King, que j'ai acheté un autre livre de lui ! Pas très logique, semble-t-il, mais je ne voulais pas m'arrêter à un seul livre de lui. Il est connu pour ses livres d'épouvante et, pour moi, Shining n'en est pas un. Pour comparer avec une autre personnalité connue, j'ai été beaucoup plus impressionnée par les écrits de Mary Higgins Clark, qui, eux, me donnaient la chair de poule et me rendaient paranoïaque au point de voir des criminels meurtriers potentiels partout autour de moi. Donc, j'ai pensé que, si Stephen King est connu pour ses romans d'épouvante, il ne peut pas avoir usurpé cette réputation, il doit donc bien y avoir quelques romans réellement effrayants ? 

Alors voilà. Carrie dort gentiment au fond de ma bibliothèque, jusqu'à ce que j'ose l'ouvrir. Car je n'ai pas encore osé l'ouvrir. Malgré Shining, j'ai gardé au fond de moi une appréhension des romans de Stephen King, on ne se refait pas !

4 commentaires:

  1. Si on occullte le fait que, minote, j'ai été traumatisée par l'adaptation cinématographique de "IT", mon rapport avec Stephen king est aussi mitigé que le tien. Voilà plus de 20 ans que j''ai planté un de ses personnages (carrie, shining? ...) aux alentours d'un aéroport , lasse d'attendre qu'il se passe quelque chose. Jugement hâtif? ... Dans le doute, encore plus maso que toi , je me suis attaquée à la saga de "La tour sombre" dont l'écriture a occupé une grande partie de sa vie. Je peine un peu sur le quatrième volume mais pense persister.

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    1. Arf, pour ma part, j'ai failli m'attaquer à Dôme ! Puis je me suis dit que je préférais lire un roman plus court avant, que, si je m'y ennuyais, il me serait plus facile d'aller au bout si le nombre de pages était moindre ! Quand tu arriveras à la fin de La Tour Sombre (ou devrais-je dire "SI tu y arrives" ? ;) ), ton avis m'intéresserait !

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  2. Moi j'ai adoré... Mais je suis plus sensible au genre fantastique et à l'horreur. Je n'ai pas tout lu ni aimé de King, IT par exemple, mais il y a des petites perles dans sa bibliographie qui font rêver nombreux auteurs et lecteurs. La ligne verte est un roman sublime, dont le film est merveilleusement réalisé (pour une fois !), Simetierre aussi est magnifique, par contre le film est pourri.

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    1. Merci Laeti ! Effectivement, c'est de là que vient ma perplexité : sa réputation ne peut pas s'être faite sur du vent ! Donc il doit bien y avoir des écrits marquants dans sa bibliographie ! La ligne verte, ce n'est pas la première fois que j'en entends parler, je crois que je finirai par le lire. D'ailleurs, si tu l'as dans ta bibli, ça m'intéresse de te l'emprunter ! Simetierre aussi, d'ailleurs !! Merci merci !!

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