mercredi 30 avril 2014

Dimoné, une expérience paranormale ! 28 avril 2014 au Pan Piper

La première partie est achevée, nous sommes restés sur une note joyeuse grâce à cette découverte enthousiasmante des Brothers (on en parle sur le blog, ici !), et c'est le cœur léger que nous attendons maintenant l'arrivée de Barcella. On commence à froncer les sourcils en voyant des techniciens venir installer des appareils électriques et autres claviers électroniques qui ressemblent si peu à l'univers barcellien. Puis quelqu'un laisse tomber nonchalamment une set list sur la scène, juste sous nos yeux, et là, nous sommes d'abord perplexes. Qu'est-ce que c'est que cette set-list ? 8 titres, c'est plus que ce que viennent de nous offrir les Brothers, et ça ne correspond pas à ce qu'ils ont chanté. Mais, assurément, ce n'est pas non plus la set-list de Barcella. On ne reconnaît aucun titre, et ce n'est juste pas possible qu'il ne nous chante que 8 chansons. L'idée d'une seconde "première partie" commence à s'insinuer en nous, mais on a du mal à y croire... Moi qui n'ai qu'une affinité très limitée pour les "premières parties", ce serait juste un coup de tonnerre dans mon ciel bleu encore baigné du soleil de cette belle surprise quelques minutes plus tôt... Et pourtant, consternés, nous ne pouvons que constater qu'il y aura deux premières parties ce soir avant le grand plongeon dans la douce et folle joie de Barcella !

Deux hommes viennent finir de régler les appareils installés sur scène. L'un d'eux a un style très "rockeur", avec ses cheveux frisés mi-longs et son foulard à pois. L'autre apparaît avec un jean et une veste en cuir, mais son visage paraît strict dans la concentration dont il fait preuve à cet instant, et, pour ma part, je l'imaginerais bien en costume guindé en train de donner des ordres secs à ses domestiques. Les instruments sont réglés, les hommes disparaissent en coulisses. Nous ne le savons pas encore, mais nous nous apprêtons à voir des extra-terrestres, des êtres vivants venus de lointaines contrées intersidérales.

Les deux hommes qui viennent de quitter la scène la réinvestissent presque immédiatement. Le rockeur a quitté son foulard et ses chaussures, et a passé une chemise rouge vif fleurie par endroits, façon cow-boy. L'autre a ouvert sa veste pour laisser apparaître un torse poilu. Ils s'installent, le rockeur assis aux claviers, le poilu à la guitare électrique et au micro. 

Et quand tombent les premières notes, on découvre enfin le secret de la téléportation : nous voilà immédiatement plongés au plein cœur d'une galaxie inconnue !

http://www.dimonelesite.com/

La musique est assourdissante, le micro amplifie la voix à un point tel que l'on peine à entendre les paroles, et voilà un duo pour le moins insolite qui se met en mouvement. J'avoue très franchement avoir été atterrée rien qu'à l'idée de devoir passer 8 chansons - 8 !! - en compagnie de ces étranges producteurs de sons fracassants ! D'ailleurs, je ne suis pas la seule, probablement, car le public, sur le coup, a l'air dubitatif. Nous assistons à cette bizarrerie venue d'ailleurs les bras croisés et l'air songeur ! 

Le cow-boy rockeur est beau, les traits doux, le visage tout en finesse, et comme l'ombre d'une mélancolie latente qui stagne dans son expression, détrônée par le sourire amusé qu'il émet parfois en regardant son drôle de compère. Son partenaire, lui, est juste unique. Incomparable. Il est dans son monde, il joue des airs tonitruants, son corps se désarticule en une danse saugrenue, intuitive, à la fois enfantine, naïve et enthousiaste, il se tortille, se dandine, joue de la guitare à l'envers, utilise soudain son portable sur scène pour faire passer une musique d'accompagnement, saute en tapant du pied, ferme les yeux souvent et longtemps, dit parfois en boucle le nom de la salle : "Pan Piper, Pan Piper, Pan Piper !", et dodeline régulièrement de la tête en un mouvement presque réflexe, comme notre corps qui se cabre parfois dans une convulsion de surprise horrifiée quand on goûte à quelque chose de très acide. Les gens autour de moi, justement, se demandent à quel type d'acide ce personnage-là se shoote. Mais je crois, après coup, que sa seule drogue, ce sont les applaudissements du public, qu'il accueille à chaque fois avec un "ouais !" fervent. Car, oui, il est applaudi. De plus en plus au fur et à mesure de son show. Je crois qu'au-delà de sa musique, le public se laisse séduire peu à peu par cette personnalité complètement déjantée. On aime ou on n'aime pas, mais assurément, Dimoné ne laisse pas indifférent.

Personnellement, je n'ai pas accroché du tout avec son univers musical - en général, je n'aime pas du tout la musique électronique, mais je suis sûre que ceux qui ne sont pas gênés par ce type de sons peuvent beaucoup apprécier ! - mais je salue la performance de showman de cet homme qui sort de l'ordinaire et ne peut pas laisser de marbre.

mardi 29 avril 2014

Brothers, première partie de Barcella, le 28 avril 2014 au Pan Piper

Alors que l'impatience est à son comble et qu'on n'a qu'une hâte : expédier au plus vite la première partie pour pouvoir ENFIN voir notre Babar (je sais, je suis TRES mauvais public pour les premières parties... j'assume !), arrivent sur scène deux jeunes hommes d'allure désinvolte. On ne sait pas trop encore si ce sont des techniciens qui viennent finir les derniers réglages avant l'arrivée de l'artiste, ou bien si c'est eux, l'artiste de la fameuse "première partie", mais on va le savoir très vite. L'un châtain, la barbe naissante, les yeux foncés, un piercing au sourcil droit, les cheveux arrangés en un savant coiffé-décoiffé faussement négligé, la mèche rabattue sur le côté ; l'autre, blond, rasé à peine plus près que le premier, une coupe de bad boy sage, la mâchoire solide qui vient soutenir son regard d'ange. Ils s'installent sur les tabourets face au micro, prennent en main les guitares en miroir - l'un est droitier, l'autre gaucher - et d'un seul coup, sans prévenir, grattent leurs premiers accords. 
 
Et c'est dès cette introduction que l'on est entraînés à leur suite dans ce rock frais et dynamique. Juste quand on commence à être bien accrochés, quand les premiers sourires éclairent les visages çà et là dans la salle, leurs voix s'élèvent, belles et fortes, l'une grave l'autre un peu moins, elles se mêlent et s'entremêlent en un accord parfait. La mélodie est belle, l'air est entraînant, et, pour des français chantant en anglais, ils n'ont pas cet accent frenchy à couper au couteau qui saccage tant d'autres chansons en anglais chantées par des artistes français. 

On se laisse entraîner avec un plaisir non dissimulé, le corps se sent illuminé de l'intérieur et commence à bouger de lui-même. Les mains tapent en rythme, les pieds se soulèvent, les sourires sont de plus en plus nombreux dans la salle et les guitares poursuivent leur envol rythmé. Pour un peu, on se mettrait à sauter et danser comme si l'on était seuls au monde ! 

https://www.facebook.com/pages/Brothers/569183016488691Les chansons s'enchaînent, et c'est là le meilleur : elles sont toutes aussi chouettes les unes que les autres ! Pas un seul instant je ne me suis ennuyée à les écouter ! Je dirais même que leur prestation est passée beaucoup trop vite ! J'en aurais bien repris un peu avant qu'ils ne quittent la scène ! Comme quoi, on peut être mauvais public de premières parties ET honnête !! 

Ils s'appellent Brothers. Leur style mêle le folk et le rock, et ils rappellent parfois les Beatles, d'autres dans la salle évoquent aussi Simon & Garfunkel. Quelles que soient leurs influences - réelles ou non - , voilà deux petits gars qui ont un style qui me plaît beaucoup, tout à la fois dynamique et léger, fort et profond, et présentant quelques instants ténus de fragilité irrésistible ! Je me verrais bien les écouter en boucle et danser dessus sans m'arrêter, pendant des semaines en mode mono-maniaque ! Il me semble que je ne m'en lasserais pas.
Et le clou de l'histoire, c'est qu'on a pu leur parler en fin de soirée. Ils ont été touchants de modestie, de joie surprise et de gentillesse ! Deux belles personnes - dans tous les sens du terme, ce qui ne gâche rien ! - qui proposent une musique vraiment sympa, voilà une très belle découverte ! 
Je leur souhaite sincèrement de rencontrer leur public, ils valent vraiment le coup, et j'espère avoir la chance de les voir un jour sur scène pour un concert bien à eux (où je pourrai être mauvais public pour leur première partie !!)

Bravo les gars, et merci pour ce début de soirée génial auquel je ne m'attendais pas !

dimanche 27 avril 2014

Au détour du chemin...

C'est alors que je suis interpellée par une petite route qui me fait face. Alors que j'avais prévu de tourner sur la droite, je m'engage, comme happée par cette voie mi-goudronnée, mi-sablonneuse. J'ignore ce qui me pousse là, je n'ai rien à y faire, et pourtant, c'est comme si je me sentais appelée. A mesure que j'avance, les alentours de la route deviennent plus verts, les arbres sont plus nombreux et, au bout de quelques centaines de mètres, semblent former une arche au-dessus de ma tête. Ça sent l'herbe et la terre mouillées. Au travers du feuillage, je distingue quelques éclats de lumière ; le soleil rend les jeunes feuilles quasiment translucides, donnant aux arbres un aspect presque irréel.

Je m'enfonce de plus en plus sur cette route qui, progressivement, opère sa métamorphose. Ce n'est déjà plus une route, plutôt un chemin qui se resserre. Je roule plus lentement, je sens à la fois l'enthousiasme qui m'étreint face à la vue qui s'offre à moi, et la peur qui s'insinue à mesure que la route devient étroite. Je n'ai croisé aucun autre véhicule, tout au plus deux ou trois promeneurs avec leur chien. Tous m'ont observée avec un air étonné, et j'ai presque cru distinguer dans leur regard une sorte de crainte teintée de respect, à moins que ce ne soit ma propre peur qui prenne l'assaut de mon imagination.

Pourtant, rien ne m'arrête, je poursuis toujours, malgré l'angoisse grandissante. Au pied des arbres se trouvent maintenant des ronces qui empiètent sur la route, et le ciel s'obscurcit, laissant régner une ambiance oppressante. Alors que, tout à l'heure, le chant des oiseaux m'apaisait, maintenant je tends l'oreille pour essayer d'entendre à nouveau ce son rassurant, mais c'est tout juste si j'entends, au loin, le coassement des corbeaux.

Soudain, au détour d'un virage, je la vois.

Elle est là, majestueuse, ses murs clairs et baignés de soleil se découpant nettement sur le fond du ciel sombre empli de nuages gorgés de pluie prêts à éclater.

J'arrête la voiture, et, sans pouvoir quitter des yeux cette vieille chapelle en ruines, je sors du véhicule. Mes pieds avancent tout seuls contre ma volonté, mais le pouvoir d'attraction de la chapelle est trop grand. J'avance. Mes petites tennis en toile légère sont maintenant trempées par l'humidité retenue dans les hautes herbes entourant l'édifice. N'y prêtant aucune attention, je continue de m'approcher. Je contourne le bâtiment, le cœur battant, pour me retrouver là où, il y a des centaines d'années, les gens du peuple venaient prier. Mes mains sont moites et j'ouvre la bouche pour rendre ma respiration moins difficile. 

Comme hypnotisée, je me dirige vers le mur du fond. Quand je suis tout près, j'y appose mes deux paumes bien à plat, je ferme les yeux et, instinctivement, je colle ma joue et mon oreille droites sur le mur. Et tout à coup, je me sens aspirée, projetée dans un autre temps, le vertige me saisit tout entière. Mes oreilles bourdonnent et j'ai l'impression que mon corps tournoie dans le vide, et je sombre sans pouvoir me raccrocher à quoi que ce soit pour stopper le mouvement. Des images défilent devant moi, je visualise tout ce qui a fait l'histoire de cette chapelle, la gloire de son édification, les joies qu'elle a servies, les temps heureux où elle a servi de refuge aux personnes pieuses, les grandes fêtes et l'espérance dans les moments difficiles, puis, soudainement, l'orage qui éclate sans prévenir, le seigneur mauvais qui a pris le pouvoir du village, les exactions qu'il a commises, un homme sans foi ni loi qui a entraîné la chute du village, le malheur de ses habitants, et, dans leur sillage, la mort de la chapelle. Je ne vois plus que des mares de sang, et n'entends plus rien d'autre que les cris, les hurlements des gens torturés par le cruel seigneur.

Brusquement, je prends conscience que mes propres cris se mêlent à ceux déchirants que j'entends encore, mes yeux se rouvrent comme électrisés, je suis en nage, haletante, le cœur battant, les jambes flageolantes. Dans un effort surhumain, je déploie toute l'énergie dont je suis capable pour m'arracher à cette paroi qui renferme et transmet toutes les souffrances dont elle a été témoin, et, trébuchant mille fois, je cours comme je peux jusqu'à ma voiture.

Je démarre en trombe, recule précipitamment et replace la voiture sur la route, puis je roule à tombeau ouvert sur le petit chemin étroit. Je me rends compte que je n'ai pas fait demi-tour ; l'envie me prend de revenir en arrière, mais je me laisse terrasser par ma peur, et abandonne cette idée. Tant pis. Je roule droit devant, sans jamais regarder dans mon rétroviseur, et sans savoir où je vais.

Au bout d'un temps qui me paraît une éternité, je débouche soudainement sur une voie fraîchement bétonnée, au beau milieu d'un lotissement de maisons neuves. Sûrement surpris de voir un véhicule débouler à cette allure dans leur petit îlot de tranquillité, les riverains me lancent des regards noirs. Je leur adresse un sourire désolé, et, sans demander mon reste, je file, heureuse d'avoir retrouvé le monde moderne...

samedi 26 avril 2014

Formidable Monsieur Kipu !!

"M. Kipu puait. Il empestait. Il cocottait. Il schlinguait. Et si le verbe 'schmoutter' figurait dans le dictionnaire, on écrirait ici qu'il schmouttait. Il était le pueur putride le plus pestilentiel qui ait jamais existé sur Terre." Ainsi commence Monsieur Kipu, de David Walliams, illustré par l'inénarrable Quentin Blake.

L'histoire met en scène ledit Monsieur Kipu, clochard qui squatte le même banc tous les jours, et dont personne ne s'approche tant il sent fort. Jusqu'au jour où Chloé, petite fille de haute lignée, dotée d'une sensibilité exacerbée par son sentiment d'être le vilain petit canard de sa famille, intriguée par Monsieur Kipu, l'aborde pour lui offrir un billet dont, elle en est sûre, il a beaucoup plus besoin qu'elle. Et c'est cette rencontre entre deux personnes que tout oppose en apparence  que raconte ce roman.

Mettant les différents protagonistes dans des situations cocasses ou franchement hilarantes, ce texte aborde finalement des sujets sensibles avec une grande pudeur et beaucoup de subtilité : l'exclusion - réelle ou psychologique - , le besoin - matériel ou affectif - , les relations humaines - familiales ou fraternelles dans le sens large du terme - , les choix de vie - personnels ? ... Sous ses airs de livre drôle pour enfant, ce roman met en scène des personnages choisis, dans les traits desquels chacun peut se reconnaître, ou retrouver un peu de son propre vécu. Deux belles âmes qui se rencontrent, qui se racontent, et qui, envers et contre tout (et contre tous), font en sorte de se sentir bien dans leur monde. Où l'on prend conscience que personne ne connaît vraiment les autres, qu'ils soient loin de notre monde ou tout proches de nous, tant que l'on n'a pas pris le temps d'aller vers eux. Où l'on prend conscience qu'il est primordial de s'arrêter de temps à autres et de prendre le temps de parler, et d'écouter.

Ce texte m'a beaucoup touchée. J'ai beaucoup ri, certes. Mais j'ai aussi dû retenir mes larmes parfois. C'est un très beau roman.

Pour les informations plus "concrètes", il s'agit d'un roman plutôt écrit pour les enfants, mais pour ceux qui lisent déjà bien (263 pages). Ceci dit, en tant qu'adulte, j'ai pris énormément de plaisir à le lire (lecture partagée avec mon fils de 8 ans).

vendredi 25 avril 2014

Le troisième jumeau, de Ken Follett

... ou comment torpiller tout seul son propre suspens !
Dommage de donner à son roman un titre aussi explicite, qui gâche tout l'effet de surprise quand entre en scène le fameux troisième jumeau !
Car, tout le monde s'en doute, cette histoire parle de jumeaux, et se complique lorsqu'arrivent des événements troublants pouvant être imputés à l'un d'entre eux, qui, pourtant, semble irréprochable... Alors, évidemment, on sait tout de suite qu'ils ne sont pas que deux, alors que l'information n'est pourtant donnée que bien plus tard dans l'intrigue ! Dommage, vraiment dommage...

En dehors de ce petit hic, le reste n'est pas mal du tout. J'avoue que je suis un petit peu déçue du fait que j'attends vraiment beaucoup d'un Ken Follett, et Le Troisième Jumeau est - pour moi - très en deçà des Pilliers de la Terre, ou, dans un style plus proche, de l'excellentissime Marque de Windfield. 

Ici, l'intrigue est bien ficelée, les escrocs sont de la partie, les rebondissements sont nombreux, et la fin se passe sous haute tension. Toutefois, certaines ficelles sont un peu trop grosses pour moi, et, surtout, les escrocs ne sont pas assez pervers pour du Ken Follett. J'attendais vraiment des esprits très alambiqués, beaucoup plus ambivalents et sournois. 

Je ne peux pas dire que je me sois ennuyée à cette lecture, mais pour moi, ce n'est pas un grand Ken Follett...

jeudi 24 avril 2014

Là-bas...

Là-bas, là où les rivières coulent librement, où les forêts ont encore de la place pour regarder le temps passer sereinement, où le vert est la couleur dominante, où les hommes et la nature vivent encore un tant soit peu en harmonie, là-bas, il y a un petit village, sorte de micro-monde parallèle qui s'insère dans le paysage sans le défigurer. Un ensemble de maisons de vieilles pierres, quelques petits commerces traditionnels et une mairie d'un autre temps. Les personnes que l'on y croise paraissent calmes, sereines, heureuses d'évoluer dans la douceur de cette petite bulle hors du monde.

A la sortie du village, on peut distinguer une maison entourée de fleurs et de sapins, et en s'approchant, on s'aperçoit qu'elle est faite de pierre de taille et porte le nom de son constructeur gravé à même la pierre. Un escalier extérieur mène à la porte d'entrée donnant sur un balcon qui court sur deux pans de la maison. Si l'on sonne à la porte, un vieil homme jovial ouvrira, et l'on entendra, derrière, une voix un brin ronchon demander sèchement qui vient les déranger.

A l'intérieur de la maison, le temps semble s'être arrêté au milieu des années 80. Le décor n'a pas changé depuis. Dans la grande cuisine familiale, la même faïence bleu ciel vous accueille autour de cette longue table qui ne reçoit plus guère aujourd'hui que quelques rares invités de temps à autres. Ce n'est plus très propre, à l'intérieur, la poussière s'est déposée sur les bouquets de fleurs en tissu qui se sont un peu décolorées avec le temps, les prospectus se sont entassés autour du vieux poste de radio gris, et le balai a de plus en plus de mal à atteindre les coins de la pièce. 

Les enfants n'aiment pas trop aller dans cette demeure devenue un peu austère ; ils n'entendent pas les rires qui se sont incrustés dans les murs de la maison, ne voient pas les joyeuses parties de cartes qui s'y sont jouées ni les menthes à l'eau qui s'y sont partagées. Ils ne savent pas trop quoi raconter à cet homme et cette femme du temps jadis qu'ils ne connaissent pas bien, mais qui ont pourtant tellement de joie à les voir et ne tarissent pas de tendres mots à leur sujet. Ils n'ont pas dans le coeur tous ces étés passés, sous leur regard aimant, à fabriquer des cabanes sous le grand chêne au fond du jardin, à tracer des circuits dans la terre pour y faire rouler des petites voitures, à attraper des sauterelles pour les regarder vivre quelques jours dans une bouteille percée de trous et emplie d'herbe fraîche avant de les relâcher dans leur accueillante nature, ou à se balancer sur la très haute balançoire en fermant les yeux face au soleil pour que se dessinent, derrière les paupières closes, des sortes de labyrinthes noirs sur fond orange vif.

Le vieil homme, pourtant, a gardé son regard espiègle et son âme d'enfant. Du haut de ses presque 92 ans, il garde l'oeil vif et l'esprit rieur, et, quand on lui demande comment il va, il répond d'un joyeux "comme un jeune !". Car c'est un homme drôle, qui a toujours aimé faire des blagues aux autres, et ne compte pas laisser l'âge le stopper dans ce qui le met en joie. Alors il continue à taquiner, à dire des bêtises pour amuser les autres, à mettre du rire dans sa vie. Et quand sa femme, fatiguée de ses problèmes de santé, vous raconte ses propres soucis ou ceux des autres, qu'il a déjà entendus cent fois, il ne l'écoute pas et préfère observer, en riant de bon coeur, les parties de cache-cache organisées par les enfants qui finissent toujours par se sentir à l'aise dans cet univers protégé. S'il le pouvait, il courrait volontiers avec eux. 

A défaut de courir, il se déplace tranquillement vers le bric à brac de son sous-sol. Quand on y entre, on est saisi par cette odeur douceâtre, mélange de renfermé et d'humidité qui nous fait atterrir directement au plein coeur de ces étés où le garage était le lieu de passage obligatoire pour se rendre au jardin ou aller chercher des glaces au moment du goûter. Aujourd'hui, il est rempli de paille, d'osier, de ronces et de pierres. Parce que cet homme est un artiste. De ses mains, il tresse la paille, l'osier, les ronces pour en faire des paniers, des cache-pots ou des panières à pain. Et il taille la pierre avec habileté pour en faire naître des motifs variés. Il montre ses oeuvres, partage sa joie de créer. Son épouse, elle, aimerait qu'il vende ses créations pour arrondir leurs fins de mois, mais lui n'est pas intéressé par l'argent. Son salaire, c'est le bonheur qu'il a à créer. Elle raconte que, "dans le temps", il avait commencé une école de taille de pierres à Paris. Il avait remporté un premier prix et a tout de suite été repéré pour son talent. On lui a dit que s'il poursuivait son école, il obtiendrait bientôt une médaille d'or de la taille des pierres. Mais lui, les louanges et les médailles, il n'en avait que faire ! Tout ce qu'il voulait, c'était vivre de son art, et dans un environnement qui lui soit plus agréable à vivre. Alors, il a laissé derrière lui Paris et ses promesses de gloire, et il est venu vivre de sa passion dans ce petit coin reculé, loin de l'agitation de la ville, avec la femme qu'il aimait. 

Et c'est peut-être bien ce choix qui a fait de lui cet homme toujours serein, parce qu'il a choisi de vivre en accord avec lui-même, de vivre ses rêves sans se préoccuper de ce que pourraient en dire les bien-pensants. 

Et, tout au long de ces années, il n'a jamais cessé d'aimer sa femme. Il n'était pas rare, ces étés-là, qu'il ait un geste tendre envers elle, il lui déposait son gilet sur les épaules quand il la voyait frissonner, lui passait son bras autour du cou ou lui caressait gentiment le dos. Aujourd'hui, il n'a rien perdu de cette tendresse, il est toujours aussi prévenant avec elle, et c'est avec un oeil attendri qu'il lui remet en place ses cheveux ébouriffés par une petite sieste, qu'il a le souci de savoir si elle se sent bien, qu'il lui parle doucement et qu'il lui passe un bras sur les épaules. Malgré les années et la vieillesse qui sont passées par là, malgré leur air bien moins vaillant qu'à l'époque de cette magnifique photo de mariage au sous-sol sur laquelle on pouvait les prendre pour des acteurs de cinéma, ils sont toujours là l'un pour l'autre, il a gardé cette tendresse pour elle et son regard l'enrobe de douceur. Je crois qu'au fond de lui, il la remercie encore et la remerciera toujours du sacrifice qu'elle a fait, en abandonnant, pour l'amour de lui, son Paris natal pour venir s'installer dans cette campagne qui, pour elle, n'était autre qu'un lieu de vacances dans lequel elle n'aurait jamais imaginé passer sa vie. 

La parenthèse se referme. Tout en gardant un oeil dans le rétroviseur pour voir mes grand-parents devenir plus petits au fur et à mesure que nous nous éloignons, nous quittons ces temps anciens pour revenir vers la vie trépidante de la grande ville. Mais comme à chaque fois que nous nous y rendons, nous repartons avec au coeur la conviction rassurante qu'il existe encore dans ce monde des petits endroits protégés où l'on peut rencontrer, au détour d'une nature verdoyante, des personnes au grand coeur qui ont su faire vivre leurs rêves ou porter à bout de bras ceux de la personne qu'ils aimaient.

mardi 22 avril 2014

Instants de douceur...


Il existe sur cette Terre des contrées où tout est doux, où tout est agréable, où tout est délectable. 

Cette belle famille si bien illustrée par Laeti Vanille !Pensez... un endroit où la lumière est tamisée, où la déco est cosy, où l'ambiance est feutrée, où les guirlandes colorées apportent une petite touche délicate à l'ensemble.

Une courette où les dessins d'enfant, au sol, sont colorés et accueillants.

Un espace où vous êtes reçus avec le sourire, avec mille petites attentions, où le seul souci de vos hôtes est votre bien-être.

Un lieu où vous entrez, alléchés par les odeurs d'une cuisine toute en délicatesse réalisée juste pour votre plaisir.

Un salon où vous partagez des petits plaisirs sucrés, salés, et parlés.

Une maison où le rire et la douceur sont seuls maîtres des lieux.

Une famille d'amis avec lesquels vous partagez toujours d'heureux moments. Une famille qui est l'incarnation de la douceur de vivre. Une famille qui vous fait vous sentir bien. 

Une famille avec laquelle vous aimez passer du temps, tout simplement. 

Je vous souhaite très sincèrement de rencontrer de si belles personnes ; moi, j'en ai rencontré, elles sont une magnifique illustration de la beauté de la vie.

Merci, ma Gouzinette, merci d'être toi et de mettre autant de magie dans la vie des gens qui te côtoient ! <3

lundi 21 avril 2014

Shining, de Stephen King

Voilà un monument de la littérature fantastique. LE roman que je n'aurais jamais osé lire il y a quelques années. Je me souviens d'une amie qui dévorait tous les Stephen King qu'elle trouvait, elle était complètement emballée et m'en parlait d'une façon qui me faisait frémir, et qui a sans doute forgé en moi les résistances qui m'avaient empêchée de le lire jusque là. 

Parce que je ne suis pas une grande fan de fantastique. Pour tout dire, je suis plutôt du genre peureuse. Les phénomènes paranormaux me font frissonner et ont sur moi un effet surnaturel qui me pétrifie sur place, si bien qu'après chaque émission / lecture / discussion autour de ce sujet, j'ai l'impression que ma maison est hantée et je ne peux plus quitter une pièce sans avoir le sentiment qu'un fantôme malfaisant me suit de près pour me faire du mal ! Oui, je sais, je suis un peu névrosée sur les bords !!

Toujours est-il que je croyais ne jamais lire Shining. Jusqu'à ce jour d'automne où une amie m'en a parlé, avec un tel enthousiasme que, prise d'un élan de folie pure, j'ai acheté le livre... et me suis jetée dedans à corps perdu ! 

Enfin, à corps perdu, pas exactement. Au début, j'y suis même allée mollo ! Vu ce que j'imaginais y trouver de terreur et de nuits blanches, j'ai eu peur d'entrer trop vite dans le vif du sujet, peur de ne plus pouvoir dormir alors que je n'étais pas encore en vacances et que j'avais quand même besoin d'énergie pour faire face à mes petits trolls diurnes. 

Alors au début, tout doucement, deux pages par deux pages, j'ai avancé, prudemment, presque sur la pointe des pieds.

Et puis, voyant que j'en arrivais à 100 pages et que je n'avais pas encore eu une once de peur, j'ai accéléré. Les vacances arrivant, je me suis autorisée à dormir moins, pensant pouvoir me rattraper en grasses matinées.

Et... ce roman ne m'a finalement jamais empêchée de dormir.

 Tout y était, pourtant, pour que l'histoire soit parfaite. Entendez bien ! Nous voilà plongés dans un sombre hôtel que l'on nous annonce hanté, une petite famille en proie à des doutes, dont le fils lit dans les pensées et communique avec des mondes parallèles - c'est son don, le fameux "shining" - , une vieille chaudière capricieuse, des monceaux de neige tout autour qui empêchent quelque communication que ce soit avec l'extérieur, et le père de famille qui sombre peu à peu dans la folie. Tous les ingrédients y sont pour en faire un roman épatant ! 

Et pourtant, j'ai été déçue... 

Quelques moments forts dans ce roman, cependant. Mais racontés à toute vitesse (à moins que ce ne soit ma lecture qui se soit accélérée dans ces moments palpitants ?). Je me suis franchement ennuyée les 250 premières pages. Puis, quand a commencé le premier vrai événement, je m'y suis accrochée de toutes mes forces, me disant que c'était parti ! ... et en fait, non. Ce n'était pas parti. Tous les moments inquiétants étaient aussitôt relayés par des moments calmes (je n'ose dire "mornes"), comme si l'auteur voulait nous permettre de reprendre notre souffle. Sauf que moi, je n'avais envie de reprendre mon souffle qu'à la fin de l'histoire ! Et puis il y a un personnage vraiment oublié, dans l'histoire, je trouve, c'est l'hôtel lui-même. Il en vient à être personnifié, et devrait finalement devenir le personnage principal de l'histoire, mais il est, à mon sens, trop relégué, pas assez assumé en tant que personnage, que volonté surnaturelle et démoniaque.

Je crois que mes attentes étaient trop importantes. Je m'étais fait tout un monde de ce livre, et finalement, j'avais juste envie de dire "tout ça pour ça ?!". 



Forte de cette lecture, j'ai décidé de regarder le film. On m'avait dit - et j'ai lu nombre de critiques allant dans ce sens - qu'il était franchement décevant par rapport au livre. Mais comme je suis sans doute un peu maso, je voulais le voir. Je voulais savoir ce qu'ils en avaient fait en film. Un film de Stanley Kubrick, quand même ! Ce devait être quelque chose ! Et puis, comme tout le monde je crois, j'avais en tête le visage de Jack Nicholson forçant une porte, et illustrant parfaitement la folie, et rien que pour la performance de ce grand acteur, je voulais absolument voir le film !

Alors, j'ai compris les personnes qui estimaient que le film était décevant. C'est vrai que certaines scènes vraiment effrayantes dans le livre étaient retranscrites de façon assez plate dans le film - je pense notamment à la fameuse visite de Danny dans la chambre 217. C'est vrai que la folie du personnage joué par Jack Nicholson arrive d'un seul coup, sans prévenir, et que j'aurais préféré la sentir monter petit à petit, inquiétante, sombre, tapie au fond de lui et surgissant brusquement après avoir campé, insidieuse et menaçante. Certes. 

Et pourtant, je crois que j'ai préféré le film. A cause du parti pris. Dans le livre, on est laissés à notre propre interprétation, on navigue sans cesse entre le fantastique et le questionnement sur ce père qui sombre dans la folie, ou l'alcoolisme, et on ne sait plus vraiment se situer. Dans le film, il y a - selon moi, et cette interprétation n'engage que moi - le parti pris de faire sombrer le père dans la folie. On sait où on va. On ne peut que contempler, désarmés et impuissants, ce père devenir victime de lui-même et détruire sa famille de par sa folie. Non par les fantômes qui hantent, somme toute fort gentiment et cordialement cet hôtel, mais bien par sa propre folie. Dans le roman, le père sombre peu à peu, mais on ne sait pas vraiment dans quoi. Dans le paranormal ? Dans le piège de l'hôtel pour lui ? Dans le film, il vend son âme à l'hôtel et à ses hôtes surnaturels, mais il est clair que ces hôtes ne hantent que lui, ne sont que les reflets de son intérieur torturé.

Et, rendons à César ce qui appartient à César, Jack Nicholson y est tout simplement magistral.

En bref, je ne suis fan ni du livre, ni du film, mais j'ai aimé pouvoir comparer, et trouver du positif dans le livre grâce au film, et vice-versa.

Toutefois, j'ai été tellement déçue par Stephen King, que j'ai acheté un autre livre de lui ! Pas très logique, semble-t-il, mais je ne voulais pas m'arrêter à un seul livre de lui. Il est connu pour ses livres d'épouvante et, pour moi, Shining n'en est pas un. Pour comparer avec une autre personnalité connue, j'ai été beaucoup plus impressionnée par les écrits de Mary Higgins Clark, qui, eux, me donnaient la chair de poule et me rendaient paranoïaque au point de voir des criminels meurtriers potentiels partout autour de moi. Donc, j'ai pensé que, si Stephen King est connu pour ses romans d'épouvante, il ne peut pas avoir usurpé cette réputation, il doit donc bien y avoir quelques romans réellement effrayants ? 

Alors voilà. Carrie dort gentiment au fond de ma bibliothèque, jusqu'à ce que j'ose l'ouvrir. Car je n'ai pas encore osé l'ouvrir. Malgré Shining, j'ai gardé au fond de moi une appréhension des romans de Stephen King, on ne se refait pas !

samedi 19 avril 2014

Les demeurées, de Jeanne Benameur

Voici un livre touchant s'il en est ! L'histoire de l'idiote du village, qui vit seule avec sa fille, Luce, sans contacts avec l'extérieur, ou presque. Et elle continuerait bien comme ça, cette femme, parce que sa vie lui convient très bien ainsi. Seulement voilà. Luce arrive en âge d'aller à l'école. Et c'est alors que l'on assiste à un déchirant écartèlement de cette petite fille, partagée entre sa mère et le monde extérieur. Vont alors se battre en elle des émotions fortes et contradictoires, qui vont l'entraîner vers la vie qu'elle a à vivre, et emmèneront dans son sillage une autre personne dont on ne mesure pas, d'abord, l'importance. 
En 80 petites pages, Jeanne Bennameur nous emmène dans un monde d'émotions pures, brutes, et l'on est touché directement par le choix de ses mots. Tout en simplicité, un texte d'une rare habileté qui, en quelques mots, dit toute l'intensité des émotions à fleur de peau. Un bonheur de lecture, un petit bijou qui a une place de choix dans ma bibliothèque ! 

Le concert


Nous y voilà ! Ca y est, on y est !! Je l’attendais depuis si longtemps ! Perdue dans mes pensées, le regard vide, je suis assise par terre, dans le froid, armée de patience, de mon blouson et d’un petit sac bandoulière contenant juste l’essentiel : mon portable, un feutre, et, surtout – surtout ! – mon billet !

Prête à affronter des heures d’attente dans les intempéries qui malmènent actuellement la région, je n’ai peur de rien. Ce soir, M passe dans mon village ! C’était tellement inespéré que je n’ai pas voulu y croire tout de suite quand j’ai lu l’information dans la gazette d’ici. M dans notre petite salle des fêtes ! Incroyable ! Et pourtant vrai ! Quand j’ai su qu’il allait passer, j’étais persuadée qu’il était déjà trop tard, que tout le monde ici s’était déjà rué à la mairie pour obtenir une place. Défaitiste, j’ai composé en tremblant le numéro de la mairie. Et c’est sur un ton exaspéré que Jeannie, la secrétaire, m’a répondu que la billetterie n’était pas encore ouverte. Il faut croire que je n’étais pas la première à appeler. Je me rendais bien compte que cela devait être pénible pour Jeannie de devoir le répéter sans arrêt et j’en étais sincèrement désolée pour elle, mais au fond de moi, je bouillonnais : la billetterie n’était pas encore ouverte !! Le concert ne risquait donc pas d’être complet ! Je sautillais intérieurement comme extérieurement, je me sentais pétiller, crépiter, éclater, et j’avais envie de rire. J’avais encore une chance d’avoir des places ! Prête à tout pour les obtenir, je me suis déplacée en personne à la mairie le jour de l’ouverture de la billetterie. Je savais que les places seraient en vente à partir de 14h, mais j’y suis allée une heure plus tôt. Je ne voulais laisser aucune place au doute : ces places, il me les fallait !

Nos billets en poche, je ne tenais plus en place. Je tournais, je virais, je virevoltais, mon cœur sautillait de joie, j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir ce soir-là, rien que d’imaginer que, 6 mois plus tard, je verrais M dans mon village, tout près de moi ! Puis, au milieu de toute cette jubilation, j’ai eu comme un haut le cœur en m’imaginant tout au fond de la salle. J’avais beau savoir qu’elle était toute petite et que, même au dernier rang, je ne serais pas bien loin de mon chanteur, pourtant, mon cœur s’est serré à l’idée de ne pas être juste devant la scène. Placement libre debout… Cela laissait tout présager ! Après ce bref moment d’angoisse, je me suis reprise : j’étais déterminée à tout faire pour obtenir cette place au premier rang.

Puis, péniblement, ces six longs mois se sont traînés. Je ne parle même pas des derniers jours… et de ces dernières heures ! Jamais le temps ne m’a paru avancer si lentement, les pieds englués dans des semelles de plomb. Mais ça y est, le jour est arrivé !

Ce matin, je me suis levée très tôt. Tellement hâte ! Tellement peur de ne pas atteindre ce premier rang tant convoité ! J’avais mis mon réveil – sait-on jamais – mais bien entendu j’étais réveillée bien avant qu’il ne se manifeste. Je ne tenais plus en place et ai fini par me lever, nerveuse déjà. La journée s’est étirée, indolente et parfaitement indifférente à mon état de nerfs. Désireuse de faire écouler les minutes plus vite, j’ai essayé de mettre autant de temps que possible à enfiler mes vêtements – déjà choisis depuis des semaines – à me maquiller, à me coiffer. Pourtant, malgré toute la bonne volonté dont j’ai fait preuve, cela n’a représenté qu’une infime partie de ma journée, et il me restait encore de longues heures à endurer avant de me mettre en chemin pour la salle. J’ai finalement décidé de me mettre en route beaucoup plus tôt que prévu. Je tournais en rond chez moi, j’essayais en vain de m’occuper les mains et l’esprit. Rien n’y a fait. Je me sentais nerveuse, tendue, je n’avais qu’envie de courir partout en hurlant pour calmer mes nerfs ! Alors, j’ai décidé de sortir.

L’air froid m’a saisie dès que j’ai eu mis le nez dehors, et je dois bien avouer que cela a quelque peu radouci ma nervosité. Pour autant, j’ai marché d’un bon pas, ce qui était ridicule, je m’en rendais compte, parce que la salle des fêtes n’est qu’à quelques centaines de mètres de chez moi, et que le concert n’aurait lieu que dans plusieurs heures. Quand une pluie fine s’est mise à ruisseler et à transpercer mon anorak, j’ai regretté de n’avoir pas pris de parapluie, mais je me suis bien vite rassurée en pensant à l’embarras qu’il m’aurait causé pendant le concert.

Et maintenant, m’y voilà. Depuis des heures j’attends là. Je crois que le revêtement du sol a dû imprimer l’empreinte de mon postérieur tant j’y ai pris racine. Olivier m’a rejointe, m’a regardée mi-amusé, mi-attendri, et m’a demandé si je ne voulais pas aller faire un tour pour me dégourdir les jambes. Mais je n’ai pas bougé, et je ne bougerai pas tant que les portes ne seront pas ouvertes, ce qui devrait maintenant arriver dans quelques minutes. Les gens ont commencé à arriver il y a une petite heure environ, et – sournoisement je l’avoue – j’ai lancé des regards amusés et gentiment moqueurs : j’étais la première, à moi la primeur d’entrer dans la salle, et tant pis pour eux ! Je me repens de ces pensées égoïstes, mais je ne pouvais les empêcher d’affluer dans ma tête. Au fur et à mesure que le temps passe, je sens mes nerfs se remettre en boule. J’ai beau savoir que ma place au premier rang en plein milieu de la scène est presque certaine, je ne me sens pas rassurée pour autant. Et si je tombais et me faisais doubler ? Et si les gens couraient pour me dépasser ? Et si je n’arrivais pas à me relever, tant mes jambes sont engourdies d’être restée assise ici pendant des heures ? Secouant la tête, je suis en train de balayer ces idées farfelues en m’obligeant à souffler fort pour évacuer la nervosité qui s’accumule en moi, quand je perçois comme un léger mouvement dans la foule. Je me retourne au moment où j’entends la clef tourner dans la serrure. Ca y est, ils ouvrent les portes ! Olivier me tend la main pour m’aider à me relever, mes jambes sont un peu douloureuses, mais je ne m’en fais pas : tout va bien se passer, maintenant. Tout est bien.

Comme sur un nuage, j’avance en ayant l’impression de flotter, jetant tout de même quelques œillades par derrière pour être sûre que personne ne cherche à nous doubler. Mais ce n’est pas le cas, les gens restent calmes, et c’est en toute quiétude et le cœur léger que j’atteins ce premier rang tant désiré. Je peux poser mon blouson sur l’avant de la scène, je garde mon petit sac en bandoulière, et j’attends. Les minutes s’étirent, mais comme nous sommes dans une très petite salle, il n’y a pas de première partie, et le concert devrait commencer à peu près à l’heure. Je me retourne régulièrement pour vérifier que la salle se remplisse bien, et c’est le cas. Très vite, elle est bondée et me semble pleine. On entend des conversations animées çà et là, des personnes qui commencent à taper dans leurs mains et à crier « allez » pour encourager M et ses musiciens à se montrer. J’écarquille les yeux, je ne veux pas louper l’arrivée de mon chanteur.

Et le voilà. Travaillant son entrée, il prend place sur scène dans un savant jeu de lumière, et commence à chanter. Mon corps reprend vie. Transportée de joie, je crie, je chante, je tape des mains et des pieds, je me laisse complètement aller. Tous ces mois à attendre, et voilà ! Tout se passe comme je l’ai rêvé tant de fois ! La musique s’insinue en moi, petit à petit, puis m’imprègne toute entière, je me sens presque voler, la joie m’emporte complètement, cette sensation grisante s’empare de moi et c’est comme si plus rien n’existait de moi que la légèreté, le cœur pétillant et l’euphorie.

Puis, subrepticement mais sûrement, je sens comme un mouvement de foule. Brusquement, je me retrouve poussée vers l’arrière. Sans parvenir à m’expliquer comment ni pourquoi, je me sens repoussée, refoulée, chassée presque de ce premier rang que j’affectionne tant. Déjà, mes mains ne peuvent plus atteindre la scène, et des dos qui me semblent immenses se referment devant moi. Petit à petit, on me bouscule, et je recule. J’ai l’impression que mes pieds ne font aucun mouvement, et pourtant je bouge : je me retrouve de plus en plus éloignée, et surtout de plus en plus paniquée. Des gouttes de sueur perlent sur mon front. Que se passe-t-il ? Comment se fait-il que je sois soudainement aussi loin de cette place que j’avais défendue bec et ongles ? Aussi distante que possible de cette place convoitée pendant des mois ? Je l’ignore. Un mur de dos semble se rire de moi, je ne vois plus rien et n’entends plus que difficilement ce qui se passe sur scène. Autour de moi, tout se trouble. Les applaudissements des autres spectateurs semblent s’estomper, ralentir. Je les entends bourdonner en moi, et ils résonnent dans tout mon corps qui se met à trembler. Olivier n’a pas l’air de s’être aperçu que je ne suis plus là, il ne s’est pas retourné. Tout tourne autour de moi, je me sens sombrer. Ma tête s’alourdit, je dois sortir, sans quoi je risque de m’effondrer. Je considère la salle qui m’entoure et m’avise que de lourdes portes se trouvent juste à ma gauche. Alors, le pas traînant et la vue brouillée par les larmes qui commencent à s’inviter,  je me dirige vers ces issues. Avec difficulté, je tire sur la poignée, et me retrouve soudainement poussée à l’extérieur. Derrière moi, la porte claque. Je suis sur le trottoir. Je grelotte, je n’ai pas pu récupérer mon manteau. J’ai froid, mais ce qui est encore plus terrible, c’est ce froid interne qui me prend, comme un glaçon insidieux qui se forme en moi, prend de plus en plus de place, et me consume de l’intérieur. Je suis tellement déçue, tellement frustrée. J’en pleure de rage. Je décide d’avancer, de toute façon il ne sert à rien de rester là. Je tape des pieds, je serre les poings et les dents, et j’avance. Coûte que coûte. Soudain, devant moi, une autre porte s’ouvre sur le trottoir. Quand elle se referme, je n’en reviens pas, elle laisse place à un M lumineux. Je crois rêver ! Reniflant, j’essuie mon nez sur le revers de ma manche, puis, ahurie, j’ouvre les yeux bien grands. M est là, qui me sourit ! Derrière moi, j’entends des pas précipités. Je me retourne à peine pour apercevoir que c’est Olivier qui me rejoint. Lui aussi est éberlué de voir M ici ! Alors, je me dirige avec assurance vers lui, je lui rends son sourire et lui explique tout le bien que je pense de lui et de ses chansons. Il m’écoute avec attention et beaucoup de bienveillance. Je n’arrive pas à croire que je puisse avoir tant d’assurance pour parler à une personne que j’admire tant, et devant laquelle je devrais me sentir muette de timidité ! D’un seul coup, je me rappelle que j’ai toujours mon sac bandoulière sur moi, et, dedans, mon portable ! Je lui demande l’autorisation de prendre une photo, ce qu’il accepte avec une bonhomie  sereine. Et, pas peu fière, je me campe à côté de lui, confiant mon portable à Olivier, qui, ravi de me faire plaisir, prend plusieurs photos à la suite ! Puis M s’excuse et m’explique que son public l’attend, là, à l’intérieur, et qu’il doit y retourner, même s’il a été ravi de partager ces quelques instants avec nous. Je me sens prête à partir d’un coup en combustion spontanée ! Il m’envoie un dernier sourire, un clin d’œil qui me fait fondre sur place, et retourne à l’intérieur, rejoindre ses musiciens sur scène.

Redescendant tout doucement sur Terre, je décide de repartir à la maison avec Olivier. Je me sens légère et heureuse, comme enivrée par ce qui vient de se passer. Tremblants mais heureux, nous rentrons chez nous, Olivier lance nonchalamment son blouson sur une chaise du salon, puis nous nous laissons tomber, vidés, sur le canapé. S’ensuit un moment de douce euphorie pendant lequel aucun de nous ne parle, absorbés que nous sommes dans nos rêveries, nous repassant en boucle cette rencontre extraordinaire que nous venons de faire !

Puis bien sûr, me tirant de ces douces pensées, l’envie me prend de voir les photos qu’Olivier a faites de M et moi ! Me redressant d’un coup, j’attrape mon portable et ouvre la galerie de photos. Ce que je vois alors me sidère. Olivier a pris une dizaine de photos. De moi. De moi seule. De M ? Point ! Sur ces clichés, je suis souriante et penchée comme si je me rapprochais de quelqu’un, mais à côté de moi, personne ! Je passe et repasse les photos, mais il n’y a pas de doute possible : j’y apparais absolument seule ! Tremblante, la colère grondant malgré moi, je lève les yeux vers Olivier. J’ai envie de lui hurler dessus, de lui reprocher son manque de discernement : pourquoi prendre des photos de moi quand M est déjà parti ? Mais dans son regard, je ne lis que l’incompréhension. Il semble aussi perdu que moi. Il attrape mon portable de mes mains et fait défiler les photos à toute vitesse. Pas une seule ne fait figurer M.  Olivier bafouille, dit qu’il est sûr, pourtant, d’avoir pris les photos au bon moment ! Pour ma part, je me sens sombrer dans une sorte de sourde hystérie.

Mon cœur bat à tout rompre, je suis sur le point d’exploser… quand soudain je me réveille en sursaut, le cœur cognant fort contre ma poitrine. Mes yeux fixent le plafond, je suis dans mon lit et j’essaie de retrouver mes esprits… Puis, parvenant enfin à retrouver le contexte dans lequel je me trouve, je me lève en bondissant : vite, à la douche pour effacer ces vilaines sueurs froides de la nuit ! Pas de temps à perdre : le concert de M dans mon village, c’est ce soir !

Harold et Maude à l'Opéra de Massy, 06/02/2013

Je suis allée voir une adaptation théâtrale d'Harold et Maude de Colin Higgins, à l'Opéra de Massy. Il faut savoir que, pour moi, Harold et Maude fait partie de mon top 5 des livres qu'il faut avoir lus dans sa vie !

Alors, autant dire que j'attendais cette pièce avec presque autant d'impatience qu'un concert de Thomas Fersen, c'est pas peu dire !!!

J'ai trouvé que c'était une belle adaptation, malgré quelques éléments qui n'existent pas dans le roman et dont je n'ai pas exactement vu l'intérêt dans la pièce. J'en suis ressortie sereine, sur un petit nuage.

Cette histoire reste un véritable hymne à la vie et à la bonne humeur et l'adaptation théâtrale d'hier soir était très fidèle à cet esprit à la fois joyeux et touchant !

Line Renaud en Maude : je me disais, qui d'autre de mieux que Line Renaud pour interpréter ce personnage haut en couleurs ?? Finalement, elle était "presque" parfaite ; elle était bien sûr excellente, mais pour moi, elle manquait encore un tout petit peu de peps par rapport à la Maude du roman ! (je sais, je suis exigeante !!! ).

Quant à Thomas Solivérès, en Harold, je l'ai trouvé extrêmement touchant et très juste, et j'ai trouvé que son interprétation apportait vraiment une dimension à son personnage, il se passait vraiment quelque chose de très fort dans l'évolution de son personnage entre le début et la fin de la pièce.

Par contre, j'ai vraiment déploré la "starisation" de Line Renaud, mise en avant d'une comédienne - certes excellente - au détriment d'autres et notamment par rapport à Thomas Solivérès, qui pourtant était excellent lui aussi et tenait un des deux rôles principaux également. Parfois l'impression que le public venait voir Line Renaud plus qu'Harold et Maude ! Vraiment dommage...

Mais je ressors tout de même ravie de ma soirée. Très belle histoire, très belle adaptation, très belle interprétation... Juste magnifique !!!

Au Petit Sud-Ouest, Paris 7è

Accueil fabuleux !

Nous avons passé dans ce restaurant une excellentissime soirée !
La patronne est charmante, d'excellent conseil, chaleureuse, très proche de ses convives, d'une gentillesse à toute épreuve ! Le patron / chef est très présent en salle et très souriant. Le serveur que nous avons eu a été d'une grande gentillesse, très prévenant et plein d'humour ! C'était mon anniversaire et j'ai eu droit à d'adorables attentions de la part de la patronne et du serveur.
Le cadre est très chouette, aussi, salle en pierres apparentes et panneaux de caisses de vin et de bouchons de liège, très sympa !
Et en plus, ce qui était dans nos assiettes était très bon, ce qui ne gâche rien !
En bref : allez-y les yeux fermés !
Pour notre part, il est évident que nous y reviendrons ! Merci à l'équipe du Petit Sud Ouest pour cette excellente soirée !

http://www.au-petit-sud-ouest.fr/
(avis laissé sur Tripadvisor après notre passage dans ce restaurant le 15 mars 2014)

Ben Mazué au Rack'am, 14/03/2014

https://www.facebook.com/benmazueofficiel?fref=tsJe l’ai déjà dit, vous le savez : je suis souvent mauvais public pour les premières parties de concerts. Je sais, c’est pas bien, mais j’y peux rien. Le problème, c’est que régulièrement, ils programment des artistes qui n’ont absolument aucun rapport de près ou de loin avec celui pour lequel on a payé notre billet, et bien souvent, ces premières parties n’en finissent plus de se diluer au goutte à goutte dans mes oreilles indifférentes. Je m’ennuie pendant toute la première partie, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ces moments où l’on attend avec plus d’impatience que jamais, le cœur battant et la frustration redoublant à chaque nouvelle chanson de La Première Partie, l’arrivée de l’artiste que nous avons vraiment envie d’applaudir.
Et puis, parfois, au milieu de ce magma, on découvre une pépite. Soyons honnêtes : il m'est arrivé déjà plusieurs fois d'apprécier quand même une première partie. Et hier soir était une de ces fois-là. Et j'ai même plus qu'apprécié : j'ai aimé cette première partie.
Un diamant brut a débarqué sur scène. Il a commencé à parler comme ça, sans faire de manières, et il s’est présenté avec une simplicité déroutante. Ca nous a tout de suite mis dans l’ambiance. On avait l’impression de parler avec un pote venu t’expliquer gentiment sa façon de vivre la musique. Petit moment où l’on ne sait pas trop si le spectacle est commencé ou non, mais où l’on se laisse déjà accrocher par les mots, par la voix, par la douce énergie qui se dégage de ce musicien insolite. Et puis il commence à chanter. Il ne se prend pas au sérieux, n’affiche jamais un air sûr de lui, mais toujours un sourire gentil et de grands yeux qui rient. Ses mots se déversent sur nous avec une grande fluidité, on l’écoute et on est touchés. Il a dit dans sa présentation qu’il espérait qu’on pleure avec ses chansons qu’il qualifie lui-même de « chamallow », et on y est presque, aux larmes, avec des chansons qui, loin d’être en guimauve, nous atteignent directement. Et puis il n’a pas que des chansons qui font pleurer, il en chante aussi des drôles, dont notamment une qu’il a écrite pour faire référence à une chanson « culte » d’Oldelaf que nous sommes venus voir, et qui nous fait d’autant plus rire qu’elle amène à une sorte de complicité avec cet artiste étonnant. On passe du rire aux larmes, et on se sent toujours enrobés confortablement dans la gentillesse qui émane de lui sans qu’il fasse autre chose qu’être là. Et puis quand il annonce sa dernière chanson, on n’y croit pas ! Déjà ?! Et les « ooooh » de déception qui fusent un peu partout dans la salle sont sincères. Bien sûr qu’on n’a qu’une envie, c’est de voir arriver Oldelaf pour un concert qui détonne ! … Mais quand même, ce ptit gars nous a tellement plu, on a été tellement touchés par lui et ses chansons, qu’on en aurait bien repris un peu, quand même ! Alors on s’est accrochés à sa dernière chanson, puis, avec classe, il nous a fait appeler Oldelaf sur tous les tons, « pour le faire venir ». Puis il s’est éclipsé… et on a été un peu tristes de ne pas le revoir à la sortie, on espérait bien lui dire tout le bien que l’on avait pensé de ses chansons et de lui.
Ce ptit gars, c’est Ben Mazué. Allez voir ce qu’il fait. Vraiment. Ca vaut le détour !

Barcella aux Trois Baudets, 12/02/2014

Quel grand moment ! Après avoir difficilement ingurgité une première partie d'une froideur qui n'a d'égale que l'apathie des morceaux joués (cet avis concernant la première partie n'engage que moi... ), nous étions mûrs, bien à point pour accueillir notre cher Babar en grande pompe ! Et c'est chauds-bouillants que nous avons enfin vu arriver notre charmant hôte de cette dernière partie de soirée ! Il faut dire qu'après avoir piaffé pendant des semaines, les dernières heures se sont révélées - comme souvent - les plus coriaces !! Nous avons dû patienter 3/4 d'heure sous une pluie battante et un vent décoiffant à cause d'une bête erreur d'horaire d'ouverture de la salle - distraits toutefois, fort heureusement, par un concours de blagues Carambar absolument touchant - ; enfin débarqués dans la salle, nous avons aussi dû essuyer les affres d'une horrible rencontre avec une rabat-joie ; et enfin j'ai dû affronter vaillamment une quinte de toux atroce qui n'en finissait plus, à grands renforts des bouteilles d'eau des amis, que j'ai très égoïstement bues jusqu'à la dernière goutte ! Finalement, heureusement qu'il y avait une première partie, ça m'a laissé le temps de retrouver ma voix pour LE concert de la soirée ! 

http://www.barcella.fr/ Nous y voilà, donc... Le coeur battant. Les yeux écarquillés. Tout notre être en émoi. Enfin, les musiciens débarquent... et Barcella, léger, aérien, s'installe tout en douceur sur la scène pour commencer avec son Insouciance ; il a perdu la sienne, chante-t-il, mais arrive pourtant de ses mots de magicien à nous plonger dans l'insouciance soudaine, facile, évidente, de cette parenthèse enchantée dans notre quotidien trépidant ! Il est comme ça, Barcella. D'une simplicité déconcertante, il parvient à jongler d'une main de maître entre l'émotion vibrante d'une fragilité à fleur de peau, un humour décapant et une pêche délirante. Le contact ne peut que passer. On ne peut pas ne pas l'aimer. Il s'envole d'une chanson à une autre, s'amuse sur scène, mais son plaisir n'est pas égoïste, ça non, il le partage, avec ses musiciens, et avec le public, et son public le lui rend bien. L'ambiance est chaude, les gens ont le sourire aux lèvres et au coeur, les chansons s'enchaînent, entremêlées de bons mots et d'interludes musicaux ou non... Nous le savons, le concert ne durera pas longtemps, c'est un concert chronométré par la Sacem et nous n'avons droit qu'à 50 minutes de Barcella, pas une de plus, alors nous faisons le plein. Nous en prenons plein la vue, plein le coeur, plein les esgourdes comme il le dit, on se réapprovisionne pour se donner le courage d'attendre jusqu'à son prochain concert parisien qui ne sera que fin avril, on s'en fait des provisions plein le coeur pour avoir toujours un petit coin ensoleillé au fond de nous. Quand il présente ses musiciens, on se trouve à faire du déni, on ne veut pas y croire. Présentation des musiciens = bientôt la fin, noooooon, on ne veut pas y croire, non, non, pas déjà, s'il vous plaîîît !!!! ... Le gars qui chronomètre annonce la dernière chanson. On est à fond, attentifs au plus haut point, retenant presque notre respiration, pour profiter de ce moment ténu où tout s'apprête à basculer... puis, surprise, il reste finalement quelques minutes, que Babar et ses zikos utilisent pour nous offrir un dernier morceau acoustique sans micro, nature, brut de décoffrage, franc et sans artifice, que nous avalons à toutes petites gorgées pour repousser au maximum le moment de se séparer... Mais déjà c'est la fin. Une fois de plus, on se remémore ce fameux proverbe chinois : "ne pleure pas parce que c'est fini ; ris parce que c'est arrivé !". On remonte, le sourire aux lèvres, des refrains pleins la tête... Mais, parce que c'est nous et que, pour nous, un concert n'a pas lieu d'être s'il n'y a pas d'après-concert, nous voilà déjà en train de discuter avec les musiciens, si gentils, si adorables... Et puis, une attente qui dure... Babar va-t-il nous faire la joie de quitter les journalistes (?) qui l'entourent pour nous gratifier de sa présence ? Mais oui ! Le voilà ! Il est là ! Et toute sa gentillesse nous enveloppe, et nous voilà tremblantes, bafouillantes, le sourire niais et les yeux pleins de fleurs, en train d'essayer de lui dire des choses intelligentes et de ne trouver qu'à lui dire qu'il est super et qu'on l'adore !!!! On arrive tout de même à retrouver un neurone au fond de notre cerveau et un peu de vocabulaire pour le remercier pour toute cette joie qu'il offre et qui fait tant de bien ! Puis on le laisse tranquille, on ne veut pas être lourdes, quand même... faudrait pas qu'il pense qu'on est folles... On n'est pas folles... Ce soir, on a juste 15 ans !! On repartira avec une joyeuse photo de lui et nous, un visage qui ne sait plus que faire d'autre que sourire, le pas léger, et nous fichant complètement de la pluie qui continue de tomber. Nous, on a le soleil tout partout à l'intérieur ! Merci Barcella !

vendredi 18 avril 2014

Oldelaf au Rack'am, 14/03/2014

Après une chouette première partie, nous étions encore rêveurs et le cœur tout doux, quand les musiciens d’Oldelaf sont venus prendre place sur la scène du Rack’am. Eclairés à contre-jour par une lumière bleue éclatante, ils ont entamé l’intro d’une chanson du dernier album, puis Oldelaf a fait son entrée sur scène, acclamé par nous autres qui étions si impatients de le voir ! Et c’était parti pour près de deux heures d’un spectacle inouï ! Car Oldelaf chante, bien sûr – et drôlement bien – mais « pas que » ! Lui et ses musiciens nous ont offert non pas un concert, mais un vrai spectacle délirant, avec des sketches, joués par des musiciens pince-sans-rire et un Oldelaf qui avait parfois le plus grand mal à garder son sérieux, pour notre plus grand bonheur ! Les chansons se sont enchaînées, le public reprenant les paroles en chœur, un public extrêmement enthousiaste, dont manifestement quelques habitués qui connaissaient tout de A à Z et qui m’ont parfois un peu fait penser à nous sur les tournées de Thomas Fersen, par leur attitude enflammée et jubilatoire, supporters à toute épreuve !! Chaque chanson, drôle déjà sur CD, prend tout son sens avec les mimiques irrésistibles de ce comédien d’Oldelaf, et, entre (voire pendant) les chansons, les musiciens s’arrêtent régulièrement pour nous expliquer la vie étrange des uns et des autres, les inventions improbables du petit Berthier élevé par les sangliers, les précisions inutiles du grand Berthier qui se fait sortir de scène pour avoir fait un solo non autorisé, l’effronterie d’un Amaury qui se fait virer en direct au téléphone par Michel Sardou et un observateur d’Uranus vaguement inquiétant, avec un Oldelaf et un public hilares – les enfants, un peu moins : ils nous demanderont après le concert si les musiciens se sont crié dessus "pour de vrai" !! Le rythme était soutenu, chapeau à Oldelaf et ses musiciens qui ont dû perdre à peu près 42 litres d’eau sur scène. L’excellente chanson « j’ai chaud » nous arrivant à un moment où nous étions nous-mêmes en train de nous dessécher sur place tant cette petite salle était bondée de joyeux spectateurs chauds-bouillants. Mais quel bonheur, quelle joie, que cette soirée qui restera dans nos cœurs et dans nos têtes comme un immense éclat de rire ! Le concert se termine sur un petit aparté, les musiciens se faufilant entre les spectateurs pour se façonner un tout petit espace au beau milieu de la salle, au plus près du public, et terminer ce formidable spectacle par une chanson en version acoustique, sans micro, sur laquelle le public respectueux claquera dans ses doigts et n’attendra que le dernier refrain pour reprendre une dernière fois la chanson avec Oldelaf. 
Puis… il y a eu EVIDEMMENT un après-concert !! Je dis EVIDEMMENT car il est extrêmement rare que je reparte d'un concert sans avoir rencontré l'artiste - il faut dire que je vais rarement aux concerts d'artistes qui chantent au Stade de France ! Dans cette chouette petite salle du Rack’am, l’artiste vient toujours (?) à l’entrée de la salle pour discuter quelques instants avec son public, signer quelques autographes… Ce fut magique, évidemment. Les enfants y sont allés avant nous, qui avons éprouvé le besoin de descendre quelques bières pour nous réhydrater  , et – surtout – de laisser la file se dissiper un peu avant d’y aller. Ils reviennent avec de supers autographes : « pour la plus jolie des Margaux », « pour mon pote Clément » (je vous laisse imaginer Clément, il n’était pas peu fier d’être le POTE d’Oldelaf !!! ), car Oldelaf, en plus de bien chanter et d’être drôle, est gentil !!  Quand nous nous décidons enfin à aller le voir, nous sommes derrière un gars qui a l’air de bien le connaître, car Oldelaf se lève tout de suite, lui demande comment il va et lui fait la bise. Alors quand vient notre tour, évidemment, je lui demande si, nous aussi, on peut avoir la bise !!  Il accepte tout de suite et nous voilà revenues (à nouveau) à l’époque de nos 15 ans !! On discute un peu avec lui, il est drôlement sympa, et bien sûr nous avons droit à notre super photo avec lui. On est toutes contentes, on repart avec un sourire un peu bêta aux lèvres et les yeux dans le vague. Voilà une joyeuse soirée ! Il y en aura d’autres, c’est sûr !!